Par Jacques Raffy Papazian,
Un congrès qui prétend parler au nom de la diaspora
Le congrès organisé à Paris par la Fédération Révolutionnaire Arménienne (FRA), présenté comme un « congrès de la diaspora », constitue une nouvelle tentative de parler au nom de l’ensemble des Arméniens de la diaspora.
Le choix de la capitale française n’est pas anodin. Il vise à accréditer l’idée que la diaspora arménienne soutient une ligne politique à la fois pro-russe et hostile au gouvernement arménien. Dans un pays comme la France, profondément attaché au principe de séparation du politique et du religieux, la présence de représentants de l’Église à un tel événement ne peut que susciter des interrogations.
Une représentation contestée
Cette configuration reflète une continuité avec les dynamiques observées en Arménie, où des rapprochements entre sphères politiques et religieuses se sont installés depuis plusieurs années. Il faut le dire clairement : les participants à ce congrès ne représentent qu’eux-mêmes et les orientations portées par Robert Kotcharian et Ktrich Nersessian, et non la diversité des voix de la diaspora.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes : environ 150 participants, dont une majorité venue de l’étranger. En estimant un coût minimal de 1 000 euros par personne, la facture globale avoisine les 100 000 euros. Une question essentielle demeure : qui finance cette initiative, et dans quel but ? Mobiliser de telles sommes pour alimenter une critique politique apparaît, au mieux, inutile — sinon irresponsable.
Un calendrier révélateur
Le calendrier de cet événement est particulièrement révélateur. Il intervient à la veille de la visite prévue du président Emmanuel Macron à Erevan. Le choix de Paris comme lieu de cette conférence est, là encore, une décision calculée, visant à brouiller le message porté par la France et à en altérer la lisibilité.
Le président Macron a, dans ses échanges avec le président turc Recep Tayyip Erdoğan, évoqué la perspective d’une ouverture de la frontière entre l’Arménie et la Turquie.
Une tentative d’influence ?
Dans ce contexte, une question s’impose : cette mobilisation vise-t-elle à manipuler l’opinion en imposant un récit maximaliste, cherchant à conditionner ou à retarder l’ouverture de cette frontière, à la veille des commémorations du Génocide des arméniens ?
Le président Macron pourrait-il être celui qui contribuera à une telle avancée ? L’ouverture de la frontière constituerait un tournant majeur pour la région et pour les perspectives de paix.
Des dynamiques géopolitiques en jeu
Plus largement, cette initiative s’inscrit dans une logique visant à saboter les efforts du président Macron ainsi que les dynamiques de paix en cours, en entretenant les divisions et en diffusant des positions contraires au dialogue.
La présence de figures liées aux structures de la diaspora en Russie, notamment Ara Abrahamyan, renforce les inquiétudes quant à une possible instrumentalisation de cet événement dans le cadre d’une stratégie d’influence plus large.
L’impression qui se dégage est celle d’une tentative coordonnée de perturber ce processus. Tout porte à croire qu’une impulsion pourrait provenir de sphères d’influence liées au Kremlin, dans le but de freiner toute évolution susceptible d’éloigner l’Arménie de l’orbite russe.
Le 1er avril dernier, Vladimir Poutine l’a d’ailleurs rappelé sans ambiguïté lors de sa rencontre au Kremlin avec le Premier ministre Nikol Pachinian, en déclarant que l’adhésion de l’Arménie à l’Union européenne était « tout simplement impossible », au motif qu’Erevan est déjà membre de l’Union économique eurasiatique. Un avertissement qui éclaire la logique dans laquelle s’inscrit ce congrès parisien.
Un parallèle troublant avec les élections
La convergence ne s’arrête pas là. Des sources américaines avaient relevé que des Arméniens de Russie organisaient des réseaux d’Arméniens vivant à l’étranger afin de les mobiliser pour les élections législatives de juin prochain.
Or, la déclaration finale de ce congrès reprend un message étrangement similaire : « Nous soulignons l’importance de la participation de tous les citoyens arméniens aux élections législatives, quel que soit leur lieu de résidence, et appelons ceux vivant à l’étranger à se rendre en Arménie pour y participer. »
La coïncidence est troublante — et le parallèle avec les propos de Poutine, qui déclarait espérer que des forces « pro-russes » participent au scrutin arménien, ne fait que renforcer ce constat.
La position de la France
Face à cela, la position de la France demeure claire et constante : soutien au processus de paix, à l’ouverture des frontières et au renforcement de la coopération régionale.
Cet engagement s’inscrit dans un accompagnement durable de l’Arménie vers un rapprochement avec l’Union européenne, consolidant ainsi son ancrage européen.
