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Une nécessité d’accélérer les réformes, pas l’adhésion immédiate

Il convient de comprendre l’idée de « se dépêcher » non pas comme une adhésion immédiate à l’Union européenne, mais comme la mise en œuvre rapide de réformes et l’alignement sur les standards européens. Selon Hovsep Khurshudyan, si la direction choisie est la bonne, il est essentiel de ne pas perdre de temps, car la fenêtre d’opportunité n’est pas permanente.

Un processus d’intégration freiné

Dans un entretien accordé à 1inTV, Hovsep Khurshudyan, président de l’ONG « Citoyen libre », a analysé les relations entre l’Arménie et l’Union européenne ainsi que les obstacles au processus d’intégration européenne.

Il critique la lenteur et le manque de détermination des autorités arméniennes, en particulier dans les domaines des réformes judiciaires et du dépôt d’une demande officielle d’adhésion à l’Union européenne. Selon lui, un rapprochement avec l’Europe constitue non seulement une garantie de sécurité géopolitique, notamment dans le contexte de la réduction de l’influence russe, mais également une opportunité d’améliorer les standards démocratiques et la qualité de vie.

Des engagements encore insuffisamment respectés

La plateforme de la société civile Arménie–Union européenne, créée dans le cadre de l’accord CEPA, joue un rôle de suivi dans l’évaluation des engagements pris par l’Arménie. Selon Khurshudyan, leur mise en œuvre est aujourd’hui estimée à environ 50 %, un niveau jugé insuffisant au regard des délais.

Il souligne que le nouveau document de coopération stratégique élargie vient compléter le CEPA en introduisant des obligations plus larges visant à rapprocher les normes arméniennes des standards européens. Ce n’est qu’après ce processus que l’Arménie pourra disposer d’une base solide pour envisager une adhésion à l’Union européenne.

Une adhésion à anticiper dès maintenant

Khurshudyan insiste sur la nécessité de déposer dès maintenant une demande officielle d’adhésion, rappelant que le processus est long et complexe. Les sondages montrent par ailleurs qu’une majorité de la population arménienne est favorable à l’intégration européenne, même si les attentes diffèrent quant à son rythme.

Selon lui, la question européenne est en train de devenir un enjeu central du débat politique intérieur. Il critique toutefois la stratégie des autorités, qu’il accuse de se focaliser sur une opposition avec des forces pro-russes, créant un faux dilemme, au lieu de privilégier un dialogue constructif avec les forces démocratiques.

Réformes judiciaires : un point critique

L’expert met en avant l’importance des réformes du système judiciaire, notamment la mise en place d’un processus de « vetting » des juges. Il rappelle que cette réforme avait été promise par le Premier ministre, mais qu’elle n’a pas été réalisée.

Cette absence de réforme permet, selon lui, à des magistrats ayant rendu des décisions contestées dans le passé de continuer à exercer leurs fonctions.

Une gouvernance encore perfectible

Des critiques sont également formulées concernant la commission d’enquête chargée d’examiner les crimes passés, notamment les fraudes électorales et certaines affaires non élucidées dans l’armée. Khurshudyan estime que sa mise en place a manqué de transparence et d’efficacité, conduisant à un échec du processus.

Adapter l’administration aux standards européens

L’intégration européenne nécessite également une transformation profonde de l’administration publique. Des milliers de fonctionnaires doivent être formés afin de répondre aux standards européens, ce qui suppose un travail structuré, rapide et à grande échelle.

Un choix de valeurs autant que géopolitique

Au-delà des considérations géopolitiques, Khurshudyan insiste sur la dimension fondamentale de l’intégration européenne comme choix de valeurs. Celle-ci implique le respect des droits de l’homme, le renforcement de l’État de droit et l’amélioration des conditions de vie.

Il estime que la société arménienne ne perçoit pas encore pleinement l’importance des droits fondamentaux comme valeur individuelle, et appelle à un changement des mentalités, fondé sur des décisions politiques rationnelles plutôt que sur l’émotion.

Une relation fondée sur des intérêts communs

Selon Khurshudyan, les relations entre l’Arménie et l’Union européenne reposent sur un partenariat basé sur la convergence des intérêts. L’Europe est prête à approfondir sa coopération si l’Arménie démontre sa capacité à définir et défendre ses priorités.

Il rappelle également que l’élargissement de l’Union européenne est un processus complexe et coûteux pour les États membres, ce qui contredit l’idée selon laquelle l’UE chercherait simplement à étendre sa sphère d’influence.

Un soutien européen déjà visible

Le soutien de l’Union européenne à l’Arménie est déjà perceptible, notamment dans les domaines financier et sécuritaire. Ce soutien pourrait s’intensifier à mesure que le processus d’intégration se renforce.

Conclusion

Hovsep Khurshudyan conclut que l’Arménie doit s’engager activement sur la voie de l’intégration européenne. Cela passe à la fois par l’accélération des réformes internes et par un renforcement de la conscience collective quant aux enjeux et aux valeurs portées par ce choix stratégique.

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By Raffy