La décision a surpris — voire stupéfié — une large partie de la communauté arménienne locale : le CCAF Sud n’organisera pas cette année le traditionnel rassemblement revendicatif du 24 avril devant le consulat de Turquie à Marseille. Une rupture nette avec une pratique solidement ancrée depuis plusieurs décennies, et difficilement conciliable avec la posture habituellement ferme de l’organisation sur les questions mémorielles et politiques.
Car au-delà du recueillement, le 24 avril — journée de commémoration du génocide des Arméniens de 1915 — a toujours constitué un temps fort de mobilisation publique. À Marseille, ville marquée par l’une des plus importantes diasporas arméniennes d’Europe, ce rendez-vous s’est imposé comme un moment de visibilité et de revendication, notamment devant les représentations officielles d’un État turc dont la responsabilité historique reste niée.
Cette année pourtant, l’absence du CCAF Sud interroge. Beaucoup y voient un fossé croissant entre les discours et les actes — une posture d’autant plus difficile à comprendre qu’elle intervient dans un contexte déjà fragilisé. Plusieurs associations avaient en effet suspendu leur participation l’an dernier, exprimant des désaccords profonds sur l’orientation et les modalités d’action de la structure coordinatrice.
Vingt-et-une associations reprennent l’initiative
Face à ce vide, une dynamique alternative s’est rapidement organisée. Vingt-et-une associations — dont une majorité de celles qui s’étaient mises en retrait en 2025, rejointes par de nouvelles structures — ont décidé de reprendre l’initiative et d’assurer elles-mêmes l’organisation du rassemblement du 24 avril 2026.
Dans un communiqué commun, les signataires réaffirment le sens profond de cette journée :
« Le 24 avril est la journée du souvenir du génocide des Arméniens, un moment de recueillement en hommage aux victimes, mais aussi et surtout une affirmation de l’exigence de justice portée par le peuple arménien à travers le monde pour un crime resté impuni et nié. »
Le message est sans ambiguïté : cette commémoration ne saurait se réduire à une mémoire symbolique. La reconnaissance du génocide de 1915 par la Turquie demeure une exigence centrale, la transmission mémorielle est indissociable d’une revendication politique et morale, et la mobilisation publique reste le levier essentiel pour maintenir cette exigence dans l’espace public.
Un rendez-vous maintenu devant le consulat de Turquie
Les associations appellent à un rassemblement clair et visible :
Vendredi 24 avril 2026, à 17h, devant le consulat de Turquie à Marseille.
Ce choix s’inscrit dans la continuité d’une tradition militante locale : porter la revendication de justice directement devant les représentants de l’État mis en cause. Pour les organisateurs, il s’agit d’un acte symbolique fort, qu’il n’était pas question d’abandonner.
Une recomposition en marche
Au-delà de l’événement, cette initiative collective marque un possible tournant dans le paysage associatif arménien régional. Elle traduit une volonté non seulement de reprendre en main l’organisation de ce moment clé, mais aussi de redéfinir les équilibres et les lignes de responsabilité au sein du tissu communautaire.
Les signataires — associations culturelles, mémorielles, religieuses et de jeunesse — affichent une ligne commune : maintenir une exigence de vérité et de justice, sans compromis sur les principes fondateurs du 24 avril.
Au-delà des divisions, l’essentiel demeure
Si cette rupture met en lumière des tensions internes réelles, elle ne remet pas en cause l’essentiel : la détermination de la diaspora arménienne à faire vivre la mémoire du génocide et à poursuivre le combat pour sa reconnaissance pleine et entière.
La question posée cette année dépasse les seules organisations. Elle interroge la capacité collective à préserver l’esprit initial du 24 avril — un moment où le souvenir ne se contente pas d’honorer le passé, mais exige un avenir de justice.
Source : communiqué de la JAF Marseille https://www.facebook.com/share/p/1DmK5jHc2c/?mibextid=wwXIfr
