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Par Paul Nazaryan

La question écrite de Jérôme Guedj peut se résumer simplement : comment la France peut-elle soutenir le rapprochement entre l’Arménie et l’Union européenne tout en préservant ses intérêts économiques, notamment énergétiques, avec l’Azerbaïdjan ? Autrement dit, peut-on défendre un pays fragilisé tout en maintenant des relations étroites avec son adversaire devenu stratégique ?

( https://questions.assemblee-nationale.fr/q17/17-14547QE.htm )

Sur le fond, la question est légitime. Mais politiquement, elle révèle surtout une hésitation. Car le même député, aux côtés du Conseil de coordination des organisations arméniennes de France, tenait récemment un discours bien plus ferme : dénonciation des exactions, solidarité assumée avec l’Arménie, appels à une réponse forte de la France et de l’Europe.

Le contraste est net. D’un côté, une posture militante claire. De l’autre, une formulation parlementaire hésitante, qui met sur le même plan principes et intérêts. Comme si l’ancrage européen de l’Arménie pouvait être relativisé par des considérations énergétiques.

Pendant ce temps, la réalité géopolitique s’impose : l’Azerbaïdjan consolide sa position, soutenu par la Turquie, tandis que l’Europe sécurise ses approvisionnements. Dans ce contexte, la ligne du gouvernement français — soutenir le rapprochement entre l’Arménie et l’Europe sans rupture stratégique — apparaît plus cohérente que cette oscillation permanente.

À force de vouloir concilier toutes les positions, Jérôme Guedj brouille son message. Ni la fermeté affichée dans la rue, ni la clarté attendue dans l’hémicycle ne s’imposent réellement.

Voici les amis du Conseil de coordination des organisations arméniennes de France, militants quand il faut monter sur scène et tremblants quand il faut rentrer dans l’hémicycle, à l’image du CCAF lui-même, qui, loin de porter la voix européenne de l’Arménie, en défend bien souvent l’inverse, privilégiant des postures qui entretiennent les ambiguïtés plutôt que de soutenir clairement son ancrage au sein de l’Union européenne

Et à l’heure où Jérôme Guedj nourrit des ambitions présidentielles, ce type de positionnement ne sera pas sans conséquence : la diaspora arménienne, attentive et mobilisée, n’oubliera pas ces ambiguïtés au moment de juger les engagements et la constance des candidats.