ENTRETIEN
Vingt et une associations de la communauté arménienne de Marseille et de ses environs appellent à un rassemblement devant le consulat de Turquie, le 24 avril à 17 heures. Un devoir de mémoire qui, selon Pascal Chamassian, ne doit pas être dissocié de revendications fortes.
Militant de longue date de la cause arménienne, Pascal Chamassian, secrétaire général et porte-parole du Mouvement Missak Manouchian, est également président de la JAF (Jeunesse arménienne de France), directeur artistique de l’ensemble Araxe-Sassoun et organisateur de l’événement « Courir pour la mémoire ».
Vous invitez au recueillement. Mais aussi à un rassemblement revendicatif, jusqu’alors porté par le CCAF (Conseil de coordination des organisations arméniennes de France). Pourquoi ?
Pascal Chamassian : Le recueillement est important pour rendre hommage aux victimes qui n’ont pas été reconnues. Nous demandons la reconnaissance par l’État turc du génocide et de ce crime contre l’humanité. Nous dénonçons un négationnisme toujours actuel.
« Nous sommes une quinzaine d’associations à être sorties du CCAF car nous considérons que la diaspora ne doit pas se mêler de la politique arménienne, qui doit être portée par ceux qui vivent en Arménie. »
Malgré cela, l’idée et l’organisation du rendez-vous du 24 avril devant le consulat ont été reprises par un supplétif du CCAF. Une situation incomprise par de nombreux Arméniens, qui a conduit ces associations à maintenir leur propre appel.
Pourquoi, 111 ans après le génocide, l’exigence de vérité et de justice reste-t-elle une question brûlante ?
P.C. : Cette revendication est historique. Elle a été réactivée en 2020, avec la guerre de 44 jours au Karabakh, qui a provoqué des milliers de morts et l’exode de 120 000 personnes. Des images ont rappelé celles de 1915.
Aujourd’hui encore, on dénonce des déportations, la destruction du patrimoine, l’effacement des traces de la culture arménienne. Tuer, exécuter et effacer participent d’un même processus.
La question des prisonniers, des réfugiés et de leur statut reste posée. « Sont-ils les nouveaux apatrides ? »
Tant que la situation n’est pas réglée, la question du devenir du peuple arménien dans la région reste entière.
Vous vous êtes rendu aux frontières de l’Artsakh (Haut-Karabakh). Qu’avez-vous observé ?
P.C. : Depuis un an, après de multiples attaques, il y a un semblant de paix, que l’on sait fragile. Le cessez-le-feu de 2020 arrive à expiration et de nouveaux pourparlers existent. La question d’une paix durable se pose.
Il ne s’agit pas d’être contre la paix, mais nous sommes dans un moment crucial où l’on s’interroge sur le degré de confiance à accorder aux accords.
Je me suis rendu à la frontière il y a une quinzaine de jours. Nous sommes allés auprès de villages repoussés hors des frontières, dans des zones où nous ne pouvons pas entrer. Les populations sont totalement démunies. Nous avons apporté les premiers secours et aidé les familles à se préparer en cas de reprise du conflit.
Encadré
21 associations appellent à manifester devant le consulat de Turquie
Vendredi, journée du souvenir du génocide des Arméniens, 21 associations amies de la communauté arménienne appellent à se rassembler devant le consulat de Turquie à 17h. Elles exigeront la reconnaissance de ce crime contre l’humanité.
« Au-delà de l’exigence de mémoire que nous devons à nos disparus, les commémorations du 24 avril ont pour but de rappeler cette exigence de justice envers l’État turc et de témoigner de la permanence de la revendication des descendants des survivants dans la diaspora arménienne à travers le monde. »
Source : La Marseillaise, 22 avril 2026
Encadré : La Provence

