discours du premier ministre pour la commémoration du génocide arménien.-9
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Une enquête met en lumière les méthodes utilisées par l’organisation russe Eurasia pour développer son influence politique et sociétale en Arménie, en reproduisant des mécanismes déjà observés en Moldavie.

Alors que l’Arménie s’apprête à vivre une nouvelle séquence électorale, l’organisation russe Eurasia se retrouve au centre d’une enquête menée par CivilNet et le Digital Forensic Research Lab (DFRLab). Déjà sanctionnée par les États-Unis, l’Union européenne et le Royaume-Uni, l’organisation est accusée d’avoir participé à des opérations d’influence politique en Moldavie. Selon les auteurs de l’enquête, plusieurs méthodes similaires seraient aujourd’hui déployées en Arménie.

L’étude décrit un dispositif combinant initiatives religieuses, programmes humanitaires, plateformes numériques, mobilisation de la diaspora et campagnes médiatiques, avec pour objectif de renforcer une influence favorable aux intérêts du Kremlin.

Eurasia, une organisation au cœur des préoccupations occidentales

Fondée pour promouvoir des projets culturels, éducatifs et sociaux dans l’espace post-soviétique, Eurasia se présente comme une organisation destinée à renforcer les liens entre les peuples de l’ancienne Union soviétique.

Au fil des années, elle a développé un vaste réseau d’activités : programmes pour la jeunesse, formations professionnelles, écoles de médias, projets culturels, voyages éducatifs et actions de solidarité.

Toutefois, plusieurs gouvernements occidentaux considèrent aujourd’hui l’organisation comme un vecteur d’influence politique russe.

En septembre 2024, le département du Trésor américain a placé Eurasia sur sa liste de sanctions en évoquant sa participation présumée à des opérations d’influence internationales pilotées par Moscou.

Quelques semaines plus tard, l’Union européenne a adopté des mesures similaires en lien avec des activités jugées déstabilisatrices en Moldavie. Le Royaume-Uni a suivi la même voie au printemps 2025.

Le précédent moldave

Les autorités moldaves ont été les premières à documenter de manière détaillée les activités d’Eurasia.

Selon plusieurs enquêtes officielles et journalistiques, l’organisation aurait développé un réseau de mobilisation politique utilisant différents canaux :

  • programmes sociaux ;
  • structures religieuses ;
  • campagnes numériques ;
  • réseaux associatifs ;
  • initiatives locales de proximité.

Les autorités moldaves ont notamment mis en avant des distributions d’aides financières, des opérations de communication ciblées et des campagnes destinées à influencer l’opinion publique avant plusieurs consultations électorales majeures.

Ces accusations ont conduit à un renforcement de la surveillance des activités de l’organisation et à des mesures de restriction concernant certains de ses partenaires.

Une implantation progressive en Arménie

Eurasia a officiellement ouvert sa représentation arménienne en 2024.

L’organisation soutient plusieurs centres éducatifs russophones à Erevan et propose des formations dans différents domaines, notamment :

  • la robotique ;
  • l’animation ;
  • les technologies numériques ;
  • l’éducation financière.

Elle organise également des programmes destinés aux jeunes, des événements culturels et des initiatives médiatiques.

Parmi ces activités figure notamment une école de médias dont certains intervenants sont associés à des structures médiatiques russes proches du pouvoir.

Ces programmes sont présentés par Eurasia comme des outils de coopération culturelle et éducative.

L’aide humanitaire comme levier d’influence

L’un des aspects les plus sensibles soulevés par l’enquête concerne l’aide humanitaire.

En Arménie, Eurasia a concentré une partie de ses activités sur l’assistance aux familles déplacées du Haut-Karabakh.

L’organisation affirme avoir distribué des centaines de tonnes de produits alimentaires et de biens de première nécessité à plusieurs milliers de familles réparties dans différentes régions du pays.

Pour ses responsables, ces opérations relèvent exclusivement de l’action humanitaire.

Cependant, les enquêteurs estiment que ces programmes peuvent également contribuer à renforcer des réseaux d’influence locaux.

Cette question est devenue particulièrement sensible à l’approche des échéances électorales, les autorités arméniennes rappelant que la législation encadre strictement les formes d’aide susceptibles d’être perçues comme une influence sur les électeurs.

Les plateformes numériques au cœur du dispositif

L’enquête s’intéresse également à plusieurs plateformes Internet liées à des campagnes de mobilisation.

Parmi elles figure helpartsakh.ru, destinée aux déplacés du Haut-Karabakh.

Les journalistes ont constaté que certaines infrastructures techniques avaient été préparées plusieurs mois avant leur lancement public.

L’enquête évoque également des interrogations concernant l’identité de certains responsables techniques et les conditions d’enregistrement de plusieurs noms de domaine utilisés dans le cadre des campagnes.

Pour les auteurs du rapport, ces éléments témoigneraient d’une préparation organisée en amont des opérations de communication.

Armspyurk.com : de la pétition religieuse à la plateforme politique

Le cas le plus emblématique reste celui du site armspyurk.com.

Présenté à l’origine comme une initiative destinée à défendre l’Église apostolique arménienne, le site a progressivement élargi son champ d’action.

La plateforme a lancé plusieurs campagnes de pétitions tout en diffusant de plus en plus de contenus politiques.

Selon l’enquête, certaines revendications présentes sur le site dépassaient largement le cadre religieux et abordaient des sujets directement liés à la vie politique nationale.

Les enquêteurs relèvent également que les données personnelles des utilisateurs étaient traitées dans un cadre juridique russe.

Une explosion du nombre de signatures

L’un des points les plus controversés concerne le nombre de signatures revendiqué par armspyurk.com.

Au cours des premières semaines suivant son lancement, la croissance du nombre de signataires est restée relativement modeste.

Puis, en l’espace de quelques semaines, plusieurs centaines de milliers de signatures supplémentaires auraient été enregistrées.

Les journalistes soulignent que cette progression est difficile à rapprocher du trafic observé sur le site.

Les versions archivées de la plateforme promettaient également la publication d’une base de données publique des signataires.

Or, aucune liste permettant une vérification indépendante n’a finalement été rendue accessible.

Cette situation nourrit les interrogations sur la fiabilité des chiffres affichés.

Un modèle déjà observé en Moldavie

Les enquêteurs établissent un parallèle entre armspyurk.com et une plateforme utilisée en Moldavie avant des élections législatives.

Les deux sites présentent plusieurs caractéristiques communes :

  • recours à des thématiques religieuses ;
  • hébergement sur des infrastructures russes ;
  • collecte de données personnelles ;
  • campagnes de signatures ;
  • diffusion via Telegram et les réseaux sociaux.

Selon les auteurs de l’enquête, ces similitudes suggèrent l’existence d’une méthodologie commune.

Religion et mobilisation citoyenne

L’enquête met également en avant l’utilisation de thématiques religieuses dans les campagnes de mobilisation.

En Moldavie, plusieurs opérations avaient été organisées autour du clergé orthodoxe.

En Arménie, des campagnes similaires ont été développées autour de la défense de l’Église apostolique arménienne.

Des rassemblements, des pétitions et diverses actions publiques ont été organisés afin de mobiliser les sympathisants.

Pour les enquêteurs, cette stratégie permet de fédérer des communautés autour de thèmes identitaires tout en créant des réseaux de mobilisation pouvant être réutilisés dans d’autres contextes.

La diaspora comme enjeu stratégique

Autre point central de l’enquête : la mobilisation de la diaspora.

Les auteurs rappellent que la Moldavie avait déjà été confrontée à des opérations visant à faciliter le déplacement d’électeurs vivant à l’étranger.

En Arménie, plusieurs déclarations publiques ont évoqué la possibilité d’aider financièrement des citoyens résidant en Russie à se rendre dans leur pays pour participer aux élections.

Ces déclarations ont conduit les autorités arméniennes à ouvrir des investigations afin d’évaluer la nature exacte de ces initiatives.

Plusieurs responsables institutionnels ont exprimé leurs préoccupations quant à d’éventuelles tentatives d’influence sur le vote de citoyens vivant à l’étranger.

Les campagnes anti-européennes

L’enquête évoque enfin la diffusion de contenus critiques à l’égard de l’Union européenne.

Des campagnes similaires à celles observées en Moldavie auraient été relayées en Arménie par différents réseaux proches d’Eurasia.

Des distributions de tracts, des publications sur les réseaux sociaux et diverses opérations de communication ont été documentées.

Ces campagnes présentent généralement l’intégration européenne comme une menace pour les valeurs traditionnelles ou l’identité nationale.

Les auteurs estiment qu’elles s’inscrivent dans une stratégie plus large de confrontation idéologique avec les institutions occidentales.

Une influence multiforme

Au terme de leur enquête, CivilNet et le DFRLab considèrent que les activités observées en Arménie présentent de nombreuses similitudes avec celles déjà documentées en Moldavie.

Les chercheurs décrivent un modèle d’influence reposant sur plusieurs piliers complémentaires :

  • l’aide humanitaire ;
  • les réseaux religieux ;
  • les plateformes numériques ;
  • les campagnes médiatiques ;
  • la mobilisation de la diaspora ;
  • la collecte de données personnelles.

Selon les auteurs, ces différents outils permettent de construire des réseaux d’influence durables capables de peser sur les débats publics et les dynamiques politiques locales.

Si les autorités moldaves ont fini par considérer Eurasia comme une menace pour la sécurité nationale, l’organisation poursuit aujourd’hui ses activités en Arménie, où son rôle continue d’alimenter les débats politiques et les préoccupations des institutions chargées de la protection du processus démocratique.

Source : enquête conjointe de CivilNet et du Digital Forensic Research Lab (DFRLab).

https://civilnet.am/hy/news/1012295