Propos recueillis par Raffy
Derrière la marque Yerevantsi se cache une conviction simple : les vêtements peuvent raconter bien plus qu’un style.
Originaire de la région lyonnaise, Sevan a grandi au sein d’une famille marquée par l’exil. Ses grands-parents ont quitté leur pays jeune pour reconstruire leur vie en France, d’abord à Marseille, avant de s’installer dans la région lyonnaise. C’est là qu’ils ont repris leur métier de tailleurs, transmettant bien plus qu’un savoir-faire : le goût du travail bien fait, le sens du détail et la passion du vêtement.
Cette passion s’est poursuivie au fil des générations, et Sevan a naturellement suivi cette voie en évoluant lui aussi dans le prêt-à-porter de luxe.
Avec Yerevantsi, il réunit cet héritage familial et ses racines arméniennes pour créer des pièces qui portent une identité, une émotion et une histoire, avec une ambition simple : faire voyager cet héritage de Yerevan jusqu’aux quatre coins du monde.
Question 1 — Yerevantsi signifie littéralement « habitant de Yerevan ». Pourquoi ce nom pour ta marque ?
J’ai choisi Yerevantsi parce qu’il raconte une histoire avant même qu’on découvre nos vêtements. Bien sûr, il signifie « habitant d’Erevan », mais pour moi il va bien au-delà d’une ville : il évoque des racines, une mémoire, une culture, et ce lien invisible qui unit les Arméniens où qu’ils vivent.
C’est aussi un nom vrai, pas inventé pour vendre — un nom qu’on donne à une personne dans la vraie vie. Yerevantsi est née en France, portée par cette double culture que vivent beaucoup de membres de la diaspora. Nous avons grandi loin de l’Arménie, mais elle est toujours présente dans nos souvenirs, notre éducation, nos familles, notre identité.
Je voulais créer une marque qui soit un pont entre ces deux mondes. Un hommage à l’Arménie, mais aussi à tous ceux qui continuent de la faire vivre à Paris, Lyon, Marseille, Los Angeles, Beyrouth, Buenos Aires ou ailleurs. Notre slogan, « from Yerevan to the world », résume tout : on part d’un point précis sur la carte, mais le message est fait pour voyager, pour toucher n’importe qui — arménien ou non. Parce qu’au fond, les racines, les souvenirs et le sentiment d’appartenance sont des émotions universelles.
Question 2 — Quand quelqu’un porte ton hoodie dans la rue, c’est quoi le message qu’il envoie ? Qu’est-ce que tu veux qu’il ressente ?
J’aimerais qu’il ressente une fierté tranquille. Pas une fierté qui a besoin de crier, mais celle, discrète, de porter une pièce qui a une âme.
Aujourd’hui, beaucoup de vêtements sont consommés puis oubliés. Moi, je voulais créer des pièces auxquelles on s’attache, qui racontent quelque chose. Chez Yerevantsi, chaque modèle a sa propre histoire.
Le hoodie Hrazdan Stadium rend hommage à l’un des lieux les plus mythiques du sport arménien — ce stade à Yerevan où l’énergie collective d’un peuple entier vibre les soirs de match. Il évoque aussi le quart de finale de la Coupe d’Europe 1975, quand le FC Ararat Yerevan s’est imposé 1-0 face au Bayern Munich de Beckenbauer, Müller et Rummenigge, devant près de 70 000 spectateurs.
Opera of Yerevan célèbre un symbole architectural fort d’Erevan.
Yerevan Call s’inspire des anciennes cabines téléphoniques « Sirelis », qui rappellent une époque où un simple appel pouvait rapprocher des familles séparées par des milliers de kilomètres.
Yerevan Crossroads représente un panneau directionnel, symbole des chemins empruntés par les Arméniens à travers le monde — même quand les routes nous éloignent, nos racines continuent de nous relier.
Pomegranate Heritage rend hommage à la grenade, symbole ancestral de vie, de transmission et d’unité. Et Ararat Sunset capture l’instant où le soleil se couche sur les Cascades d’Erevan, mont Ararat en arrière-plan — une image connue de tous les Arméniens, entre beauté, nostalgie et espoir.
Le message qu’on envoie dans la rue, c’est : je viens de quelque part de fort, de vivant, et je le porte avec élégance, sans avoir besoin de l’expliquer. Mais tu n’as pas besoin d’être arménien pour ressentir cette fierté-là — il te faut juste un endroit, une histoire, un héritage qui te tient debout. Et si quelqu’un s’arrête dans la rue pour demander « c’est quoi ce design ? », alors ce n’est plus seulement un vêtement. C’est une conversation qui commence, une culture qui voyage, une histoire qui continue de vivre.
Question 3 — Il y a plein de marques de streetwear. Pourquoi un jeune Arménien de Paris ou Lyon devrait choisir Yerevantsi plutôt qu’une autre ?
Parce que Yerevantsi ne vend pas un vêtement, elle raconte des histoires — et très peu de marques portent une âme aussi concrète que la nôtre. Le Hrazdan Stadium n’est pas un motif choisi au hasard : c’est un lieu réel, chargé de mémoire collective, que j’ai transformé en pièce qu’on peut porter tous les jours, dans le métro à Paris ou dans la rue à Lyon, avec la même fierté qu’on aurait dans les tribunes à Yerevan.
Que l’on vive à Paris, Lyon, Erevan, Los Angeles ou Montréal, beaucoup de personnes de la diaspora connaissent ce sentiment d’être entre plusieurs cultures : elles avancent avec leurs racines tout en construisant leur vie ailleurs. Nos collections parlent de lieux, d’architecture, de sport, de patrimoine et de souvenirs — elles permettent à chacun de retrouver un morceau de son identité tout en portant un vêtement contemporain.
On ne fait pas du volume, on préfère « moins, mais mieux » : chaque collection est pensée, chaque motif a un sens. Pour un jeune Arménien de la diaspora, c’est peut-être la première fois qu’il peut porter son identité dans une pièce aussi soignée qu’une marque internationale. Mais la marque n’est pas réservée aux Arméniens — un beau design et une belle histoire parlent un langage universel. Choisir Yerevantsi, c’est choisir une marque indépendante qui privilégie la qualité, la culture et l’émotion plutôt que les tendances éphémères.
Question 4 — Tu vois ça comment dans deux ans ? Une petite communauté exclusive, ou une marque qu’on reconnaît partout ?
J’aimerais que Yerevantsi grandisse — mais pas à n’importe quel prix. Je préfère avancer lentement et rester fidèle à ce qui fait notre identité plutôt que de perdre notre âme.
Dans deux ans, je ne me vois absolument pas rester une communauté fermée sur elle-même. La communauté arménienne, c’est notre cœur, notre point de départ — mais l’ambition est bien plus grande. Je veux que des gens qui n’ont jamais mis les pieds en Arménie, qui ne savent même pas où se trouve Yerevan sur une carte, portent un hoodie Hrazdan Stadium juste parce qu’ils aiment l’histoire qu’il raconte et l’énergie qu’il dégage.
« From Yerevan to the world » n’est pas juste écrit sur le site : c’est littéralement notre trajectoire. Partir d’un point précis sur la carte, et arriver dans le monde entier, sur toutes les silhouettes, toutes les identités. Notre ambition est de raconter l’Arménie sous toutes ses formes — son patrimoine, son architecture, ses grands moments sportifs, ses symboles, et cette diaspora qui continue de la faire vivre chaque jour.
Pour moi, la réussite ne se mesure pas au nombre de vêtements vendus, mais au nombre de personnes touchées. Si, grâce à Yerevantsi, quelqu’un découvre le Hrazdan Stadium, s’intéresse à l’histoire de l’Ararat, reconnaît la grenade comme symbole de notre culture, ou ressent simplement une émotion face au mont Ararat au coucher du soleil — alors nous aurons accompli quelque chose qui dépasse largement la mode.
Yerevantsi n’est pas qu’une marque de vêtements. C’est une manière de porter son histoire, de la transmettre, et de la faire voyager à travers le monde.
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