Pour la première fois dans l’histoire moderne de l’Arménie, le Catholicos de tous les Arméniens, Karékine II, comparaîtra devant un tribunal. Le parquet a confirmé avoir renvoyé devant la justice une affaire pénale visant le chef de l’Église apostolique arménienne ainsi que cinq hauts dignitaires ecclésiastiques.
L’affaire trouve son origine dans la révocation, en janvier 2026, de l’évêque Gevorg Saroyan de la tête du diocèse de Masyatsotn. Contestant cette décision devant les tribunaux, ce dernier avait obtenu une mesure provisoire lui permettant de conserver ses fonctions jusqu’au jugement définitif. Selon le parquet, les responsables de l’Église n’auraient pas respecté cette décision de justice.
Outre Karékine II, plusieurs membres du Conseil spirituel suprême sont poursuivis. Les autorités ont également maintenu une interdiction de quitter le territoire à l’encontre du Catholicos pendant la procédure.
De son côté, l’Église apostolique arménienne conteste l’intervention des juridictions civiles dans ce qu’elle considère comme une question relevant exclusivement du droit canonique. Elle estime que Gevorg Saroyan ayant été défroqué, il ne pouvait plus être reconnu comme chef du diocèse, indépendamment de la décision provisoire rendue par la justice civile.
Cette procédure intervient dans un contexte de tensions persistantes entre le gouvernement de Nikol Pachinian et l’Église apostolique arménienne. Depuis plusieurs mois, plusieurs membres du clergé font l’objet de poursuites judiciaires, tandis que le gouvernement accuse certains responsables religieux d’intervenir dans le débat politique. À l’inverse, des représentants de l’Église et plusieurs juristes dénoncent une ingérence de l’État dans les affaires internes de l’institution religieuse et s’inquiètent de l’impact de cette affaire sur la liberté religieuse et l’indépendance de l’Église.
Le procès, inédit par son ampleur, devrait raviver le débat sur les relations entre l’État et l’Église en Arménie, ainsi que sur les limites respectives de la justice civile et du droit canonique.

