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**L’anthropologue culturel Aghasi Tadevosyan estime, dans un entretien à 1inTV, que la politique arménienne envers la Russie doit viser une réduction progressive de son influence, alors que Moscou continuerait selon lui à recourir à des mécanismes de pression hybride, dont déclarations politiques, menaces et exploitation des peurs dans la société.** Il affirme également que des forces d’origine purement russe agiraient au sein de l’opposition parlementaire pour instrumentaliser les peurs nationales et le discours ethnique, afin d’entraver l’émancipation du pays vis-à-vis de Moscou.

Dans un entretien accordé à 1inTV, l’anthropologue culturel Agassi Tadevossian estime que la politique de l’Arménie envers la Russie doit consister en une réduction progressive de l’influence russe. Selon lui, Moscou continue d’exercer sur l’Arménie des mécanismes de pression hybride, notamment des déclarations politiques, des menaces et l’exploitation des peurs au sein de la société.

Selon Agassi Tadevossian, le débat sur l’identité arménienne n’est pas nouveau : il remonte au rétablissement de l’indépendance, lorsque s’opposaient déjà une conception de l’identité fondée sur l’appartenance ethnique stricte et une conception fondée sur l’État et la citoyenneté. À l’époque, notamment sous l’effet de la guerre, l’approche ethnique aurait prévalu. Il affirme que la notion d’État-nation ne signifie pas un renoncement à l’identité ethnique, et que les deux peuvent se compléter ; le problème surgirait lorsque certaines forces politiques opposent délibérément identité ethnique et identité étatique, en particulier pour préserver l’influence russe.

L’anthropologue estime qu’il existe au Parlement arménien des forces qui représentent directement les intérêts de la Russie, qu’il préfère qualifier de ‘russes’ plutôt que simplement ‘pro-russes’. Selon lui, leur présence résulte notamment de l’absence d’une véritable lustration de l’ancien système. Il dit néanmoins comprendre la prudence du pouvoir, l’Arménie ne disposant pas, selon lui, de la force nécessaire pour se libérer d’un coup et entièrement de l’influence russe. Interrogé sur la cession à une force politique jugée ‘russe’ de la présidence de la commission d’intégration européenne à l’Assemblée nationale, il y voit un possible compromis politique avec la Russie, tout en précisant ne disposer d’aucun fait sur d’éventuelles négociations internes, et suppose que ce geste viserait à atténuer la pression russe.

Selon Agassi Tadevossian, le rôle politique réel du Parlement reste limité, les processus essentiels – politique étrangère, développement technologique, communications et négociations internationales – se jouant selon lui sur d’autres plateformes ; le Parlement resterait toutefois utile en tant que reflet des différentes sensibilités de la société. Il considère que le résultat des dernières élections montre qu’une majorité de la population a choisi une orientation visant à réduire la domination russe et à renforcer la souveraineté de l’Arménie, ce qu’il présente comme un indicateur de la transformation des valeurs dans la société arménienne.

L’anthropologue relie également le développement technologique à la question de la souveraineté, estimant que des projets dans le domaine de l’intelligence artificielle pourraient accroître la reconnaissance internationale de l’Arménie, développer son économie et ses capacités technologiques, et modifier sa position sur la carte civilisationnelle mondiale. Il juge qu’il ne faut pas diviser entièrement la vie politique arménienne entre camps ‘pro-occidental’ et ‘pro-russe’, et appelle à davantage parler des processus réels, du développement et de la souveraineté.

Concernant l’émergence d’une alternative au Contrat civil, Agassi Tadevossian estime qu’aucune force politique plus avancée n’existe encore aujourd’hui pour le remplacer, mais qu’une telle force finira nécessairement par se former, de même que le Contrat civil est né des transformations survenues dans la société. Selon lui, l’Arménie se trouve dans une phase permanente de transition et de changement, et il serait erroné, selon une logique qu’il qualifie de soviétique, d’attendre un état final et idéal ; le pays, conclut-il, passe d’une logique de survie identitaire à celle d’une nation en développement.

Source : Mer Oughin