Dans une tribune, l’analyste Vahram Athanesyan estime que le sort des députés arméniens du dernier Parlement ottoman, dont Grigor Zohrab, demeure inexpliqué 111 ans après les faits. Selon lui, une ouverture des archives turques permettrait de savoir de quoi ils étaient accusés et pourquoi ils ont subi une exécution extrajudiciaire, une question qu’il juge plus essentielle que la seule reconnaissance du génocide par des parlements étrangers.
Dans la deuxième partie de sa tribune, Vahram Atanessian revient sur le sort des députés arméniens du Parlement ottoman, exterminés en 1915. Il rappelle qu’il y a quelques années, le député turc Garo Paylan avait présenté à la tribune de l’Assemblée nationale de Turquie les photographies de ces derniers députés arméniens ottomans, rappelant qu’ils avaient été tués en 1915.
L’auteur mentionne également une déclaration récente du député arménien d’opposition Narek Karapetian, selon laquelle le député ottoman Grigor Zohrab, bien qu’ami du ministre de l’Intérieur Talaat, aurait lui aussi été victime du génocide. Selon Atanessian, ce récit est répandu, et les intellectuels arméniens de Constantinople sont même accusés d’avoir continué à entretenir des relations amicales avec les Turcs après le massacre d’Adana.
Selon l’auteur, cent onze ans après les faits, le destin de Zohrab et des autres députés arméniens du Parlement ottoman reste largement non élucidé, et ni la diaspora, ni le Bureau central de la Cause arménienne, ni les autres structures diasporiques ne peuvent véritablement agir sur cette question. Il estime que les autorités arméniennes semblent, elles, freinées par la crainte qu’une telle démarche soit perçue comme une « concession ».
Atanessian avance que si une possibilité diplomatique s’ouvrait pour que les archives turques soient rendues accessibles, afin de savoir de quoi étaient accusés ces députés arméniens ottomans privés de leur immunité, si un verdict avait été rendu à leur encontre et quelle peine avait été fixée, la question essentielle surgirait alors : pourquoi ont-ils été soumis à une exécution extrajudiciaire au lieu de la peine fixée, le cas échéant, par un tribunal ottoman.
L’auteur précise qu’une mise au jour impartiale de cette réalité historique ne constituerait pas en soi une reconnaissance du génocide, mais qu’un accord commun des parties sur le destin d’un individu devrait, selon lui, être considéré comme bien plus important que n’importe quelle résolution parlementaire d’un pays.
Il conclut en soulignant qu’aucun pays, malgré sa reconnaissance du génocide, n’a rompu ses relations avec la Turquie ni même révisé leur niveau, leur nature ou leur ampleur, citant à titre d’exemples l’Uruguay et la France.
Source : Mer Oughin

