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Selon le politologue arménien Samvel Meliksétian, les récentes tensions entre Erevan et Moscou s’inscrivent dans la continuité d’un instrumentarium historique de pressions économiques et politiques que la Russie utilise pour préserver son influence régionale. Il estime que l’Arménie, bénéficiant désormais d’un soutien occidental alternatif, est mieux placée qu’auparavant pour résister à ces pressions et avancer vers une véritable intégration régionale.

Le politologue Samvel Meliksetian, expert de l’organisation « Conseil arménien », a analysé pour 1inTV la phase de crise actuelle des relations arméno-russes et l’évolution du vecteur de politique étrangère de l’Arménie. Selon lui, les récents développements s’inscrivent dans la continuité des instruments déjà utilisés par le passé par la Russie pour préserver son influence dans la région.

Interrogé sur les annonces d’ouverture éventuelle de « Maisons russes » à Artashat et Achtarak, M. Meliksetian a estimé que ce type de déclarations exprime souvent des souhaits qui ne correspondent pas toujours à la réalité. Il considère par ailleurs que même en cas d’ouverture de telles structures, le « soft power » russe en Arménie ne représenterait pas un danger aussi important qu’on pourrait le penser. Selon lui, les tensions actuelles ne sont pas nouvelles : l’Arménie a déjà traversé des phases similaires au début des années 1990, dans les années 2000, puis en 2012-2013, et Moscou a régulièrement recouru à divers mécanismes de pression lors de l’apparition de difficultés liées à son influence.

Rappelant le contexte du début des années 1990, M. Meliksetian a évoqué l’attitude changeante de l’URSS envers le mouvement du Karabagh et l’Arménie, ainsi que l’opération « Koltso » de 1991, qui aurait entraîné des opérations militaires et des déplacements de population non seulement dans des localités arméniennes d’Azerbaïdjan, mais aussi sur le territoire de la République d’Arménie, à Voskepar, Artsvashen et Paravakar notamment. Il relie cette expérience historique aux événements de 2012-2013, période durant laquelle, selon lui, des mécanismes similaires de chantage et de pression étaient exercés sur l’Arménie, principalement autour de la question du Haut-Karabagh, en parallèle de leviers de dépendance économique, énergétique, ferroviaire et sécuritaire.

Le politologue a également rappelé que l’accord de 2010 sur la base militaire russe prévoyait la fourniture d’armements modernes à l’armée arménienne, mais que la Russie a ensuite livré d’importantes quantités d’armes à l’Azerbaïdjan. Selon lui, l’Arménie fait aujourd’hui face au même type d’instruments, dans un contexte différent où la « composante sécuritaire » s’est affaiblie, la pression économique étant devenue l’outil principal – la récente déclaration de Konstantin Zatouline s’inscrivant selon lui dans cette logique de chantage et d’intimidation, qu’il juge inefficace. Il estime que l’Arménie et la Russie doivent désormais clarifier leurs intérêts communs et leurs limites infranchissables, l’Arménie ne pouvant selon lui transiger sur les questions des gardes-frontières et du chemin de fer, notamment sur la sortie de la concession russe du tronçon Erevan-Gyumri.

M. Meliksetian juge par ailleurs paradoxal que la Russie s’en prenne ces dernières décennies précisément aux groupes et pays qui lui étaient historiquement les plus loyaux, ce qui nuirait selon lui d’abord aux intérêts à long terme de la Russie elle-même. Il considère que l’Arménie est aujourd’hui mieux placée qu’auparavant pour résister à ce type de pression, disposant désormais d’un soutien extérieur plus important, notamment de l’Union européenne, et qu’une alternative au soutien occidental permet d’envisager plus sereinement l’ouverture des frontières et une véritable intégration régionale.

Selon l’expert, plus la pression russe s’intensifiera, plus le soutien européen à l’Arménie pourrait s’accroître, tandis que les progrès des relations arméno-azerbaïdjanaises et arméno-turques pourraient avoir un effet positif supplémentaire. Il a souligné que l’Arménie n’a pas pour objectif d’entrer en conflit avec la Russie, mais que la poursuite de la politique russe actuelle pourrait approfondir la crise jusqu’à la rupture. Pour lui, des demi-mesures et de petites concessions ne permettent pas de résoudre durablement le problème : il faudrait une consignation sincère des intérêts réels et des lignes rouges des deux pays, les relations durables entre États devant reposer selon lui sur des intérêts mutuels et non sur la domination d’un pays par un autre.

Source : Mer Oughin