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Dans une tribune, l’analyste arménien Vahram Atanessian estime que le lobby arménien était « condamné d’avance », que ce soit aux États-Unis, en France ou en Russie, car aucune grande puissance ne veut sacrifier son « amitié » pratique avec la Turquie. Il compare ce sort à celui des lobbies israélien et irlandais, tout en critiquant les autorités arméniennes qui, selon lui, ont craint la diaspora au lieu de s’appuyer sur elle.

Dans une nouvelle tribune publiée sur les réseaux sociaux et relayée par les médias arméniens, l’analyste Vahram Atanessian revient sur ce qu’il présente comme l’échec structurel du lobbying arménien à l’étranger, qu’il s’agisse des États-Unis, de la France ou de la Russie. Selon lui, ce lobby était « condamné dès le départ », car aucune grande puissance ne souhaite sacrifier son « amitié » pratique avec la Turquie.

L’auteur cite les exemples d’Israël et de l’Irlande, évoqués selon lui par un internaute arménien sur Facebook, pour illustrer la manière dont ces pays auraient su intégrer leurs diasporas à la construction de l’État, contrairement à l’Arménie. Selon cette analyse rapportée par Atanessian, les autorités arméniennes auraient nourri une « peur intérieure » que des personnalités ou structures issues de la diaspora, financièrement indépendantes et formées en Occident – il cite Levon Hayrapetian, Serge Djilavian ou les partis traditionnels de la diaspora – ne « s’emparent » de l’espace politique intérieur. Il rappelle à ce titre que Raffi Hovannisian, premier ministre des Affaires étrangères de l’Arménie indépendante, n’est resté que peu de temps en poste, un fait qu’il attribue à l’expression par celui-ci d’un point de vue « exclusivement arménien » sur la bataille de Manzikert lors d’une rencontre internationale.

Concernant Israël et l’Irlande, l’auteur souligne que l’État hébreu a été créé en Palestine par une décision du Conseil de sécurité de l’ONU, tandis que l’Irlande reste divisée entre un État indépendant et une partie demeurant, selon ses termes, « partie intégrante » du Royaume-Uni. Il estime que si la diaspora irlandaise soulevait la question d’une « réunification », elle se heurterait à une réaction ferme non seulement de Londres, mais aussi de Washington et d’autres capitales européennes.

Évoquant les élections législatives prévues en octobre en Israël, Atanessian relaie des pronostics parus dans le média russophone Vesty, selon lesquels les États-Unis s’apprêteraient à accroître leur pression sur la question de Gaza et d’un État palestinien. Il relève que le lobby juif, selon lui, a atteint une limite au-delà de laquelle commencent les intérêts propres des États-Unis, du Royaume-Uni et de l’Union européenne, provoquant une réaction en retour, illustrée selon lui par des sanctions britanniques contre Israël.

L’auteur conclut que la diaspora arménienne « sait parfaitement » qu’aucune grande puissance ne renoncera à ses relations avec la Turquie au profit des intérêts arméniens. Il oppose à cette lucidité de la diaspora ce qu’il présente comme l’illusion, entretenue selon lui en Arménie, d’une « capacité de la nation mondiale » – une formule qu’il attribue à Vazguen Manoukian. Selon Atanessian, exiger de la diaspora qu’elle poursuive malgré tout la construction d’une « Arménie unifiée » relève non d’une reconnaissance mais d’une humiliation à son égard, et il appartiendrait selon lui aux autorités arméniennes de la libérer de cette situation inconfortable.

Source : Mer Oughin