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Dans un billet d’opinion, Vahram Atanessian revient sur la célèbre phrase de William Saroyan évoquant la capacité du peuple arménien à « renaître » et « rire de nouveau » après l’exil et les persécutions. Selon l’auteur, cet optimisme, né chez un écrivain qui n’a lui-même connu ni exode ni massacre, s’inscrit davantage dans une logique de « revanche » que dans une expérience arménienne vécue, et il s’interroge sur ce que Saroyan aurait pensé du mouvement du Karabagh de 1988 et sur la prudence historique de la diaspora face aux frontières.

Dans une tribune publiée en plusieurs volets, l’écrivain Vahram Athanessian revient sur une citation célèbre de William Saroyan sur la capacité de résilience et de renaissance du peuple arménien, souvent citée pour illustrer la pérennité de la nation arménienne face aux épreuves.

Selon l’auteur, Saroyan est né aux États-Unis, dans une famille ayant émigré depuis Bitlis, et n’a lui-même connu ni l’exil, ni les massacres, ni la perte de la patrie. Il rappelle que, dès la fin du XIXe siècle, l’Empire ottoman ayant instauré des impôts en argent, une partie importante des hommes des campagnes d’Arménie occidentale a été poussée à l’émigration économique vers Constantinople, l’Europe ou les États-Unis, une réalité décrite selon lui par des écrivains arméniens occidentaux, notamment dans le roman « Artman » de Hagop Mntzouri.

Vahram Athanessian estime que si Saroyan est indéniablement une grande figure de la littérature mondiale, son optimisme éclatant, dans ce cas précis, ne serait pas, selon lui, véritablement arménien. Il avance l’idée que Saroyan aurait souhaité voir le peuple arménien, rescapé du génocide, « rire à nouveau » comme une forme de « revanche », un idéal qui aurait ensuite servi, selon lui, à la propagande soviétique arménienne mettant en avant les villes, l’industrie, la science, l’éducation et la culture du pays.

L’auteur évoque également le poète Paruyr Sévak (Chiraz), qui rêvait, selon lui, de « voir Ani sous le baiser du soc de charrue arménien avant de mourir ».

Il rappelle qu’à l’aube du mouvement du Karabakh, l’attitude de la diaspora était marquée par une grande prudence, résumée selon lui par la question : « N’avez-vous pas peur de la frontière ? ». Il s’interroge alors sur ce que Saroyan aurait pu penser ou dire s’il avait vu la place du Théâtre à Erevan en 1988, et se demande si la diaspora a, aujourd’hui, une réponse à cette question, ou si la figure de Saroyan, en tant qu’incarnation collective de l’intellectuel arménien de langue étrangère, ne fait pas elle-même partie de cette diaspora.

Source : Mer Oughin