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Selon l’expert militaire Leonid Nersissian, interrogé par 1inTV, l’influence de la base militaire russe stationnée en Arménie sur la défense du pays est aujourd’hui minimale, voire inexistante, et pourrait même limiter l’approfondissement de la coopération sécuritaire arménienne avec d’autres États. Il estime que l’Arménie doit désormais bâtir un nouveau système de sécurité fondé sur la diversification de ses partenaires militaires, l’intégration de ses équipements et le développement de son industrie de défense locale.

Selon l’expert militaire Leonid Nersissian, interrogé par 1inTV, l’influence de la base militaire russe stationnée en Arménie sur les capacités de défense du pays est aujourd’hui « minimale ou pratiquement inexistante ». Il estime même que sa présence peut, dans certains cas, limiter l’approfondissement de la coopération arménienne en matière de sécurité avec d’autres États.

Selon lui, le potentiel militaire de cette base équivaut à environ un régiment, avec des composantes motorisées, d’artillerie et aérienne, comptant, selon des sources ouvertes, entre 3500 et 4000 militaires. Elle dispose de chars T-72, de systèmes de défense antiaérienne S-300V et « Bouk », de pièces d’artillerie de divers calibres ainsi que de systèmes « Smerch » et « Grad ». Nersissian souligne toutefois que ce volume d’équipement ne garantit pas une réelle capacité opérationnelle : la logistique est complexe et une partie importante du matériel pourrait s’être détériorée avec le temps, au point qu’au moins la moitié de l’équipement disponible pourrait ne pas être en état de combat, selon son évaluation.

L’expert considère que la base a toujours eu un rôle avant tout symbolique et dissuasif, la présence du drapeau russe étant censée décourager une opération militaire de grande ampleur contre l’Arménie en laissant croire qu’une attaque entraînerait une intervention russe. Mais sur le plan strictement militaire, ses capacités seraient limitées et elle ne pourrait pas, seule, faire face à une offensive de grande envergure de l’Azerbaïdjan ou de la Turquie. Il relève que cet effet dissuasif s’est nettement affaibli après 2020, les développements militaires et frontaliers de 2021-2023 n’ayant pas débouché sur un soutien militaire direct, y compris lors des opérations de septembre 2022 où des tirs d’artillerie visant la base n’ont entraîné aucune réaction militaire notable. Il ajoute que la guerre russo-ukrainienne a également modifié les perceptions antérieures sur la puissance militaire russe, celle-ci ne garantissant pas automatiquement un résultat rapide et souhaité.

Nersissian estime que l’ancien système de sécurité arménien s’est de facto effondré après 2020 et qu’il convient, plutôt que de chercher à le préserver, de construire un nouveau système fondé sur la coopération avec différents pays et le développement des capacités militaires propres du pays. Il insiste sur l’importance de la diversification militaire arménienne, dont le cercle de partenaires s’est élargi ces dernières années, tout en avertissant qu’elle ne doit pas devenir une fin en soi : les nouveaux équipements doivent répondre à des besoins militaires concrets.

Selon lui, l’un des enjeux majeurs pour l’Arménie est désormais l’intégration des équipements militaires acquis auprès de différents pays — notamment indiens et français — au sein d’un système de commandement unifié, ce qui nécessite des systèmes adaptés de communication, de gestion et de maintenance technique. Il souligne aussi la nécessité de développer l’industrie militaire locale, dont certaines entreprises devraient pouvoir non seulement répondre aux commandes de l’État mais aussi exporter et travailler pour des marchés extérieurs, ce qui suppose une coopération structurée entre l’État et les entreprises du secteur.

Concernant les drones, Nersissian juge que la situation de l’Arménie a beaucoup évolué depuis 2020, l’armée disposant désormais d’appareils sans pilote tant de fabrication locale qu’étrangère. Il met toutefois en garde contre le fait que les pays voisins continuent eux aussi de se réarmer, et qu’il ne faut pas préparer une éventuelle future guerre selon la logique de 2020. Il appelle à étudier l’expérience de la guerre russo-ukrainienne sans la reproduire intégralement, chaque conflit ayant ses propres spécificités géographiques, technologiques et en termes de ressources, tout en soulignant que les technologies de drones ont transformé la logique de la guerre moderne, rendant les grandes concentrations de troupes plus vulnérables. Il conclut que l’enjeu principal pour l’Arménie n’est pas seulement d’acquérir de nouveaux armements, mais de les transformer en un système militaire unifié et efficace, combinant diversification, intégration des équipements, développement de l’industrie militaire nationale et préparation aux évolutions technologiques de la guerre future.

Source : Mer Oughin