Dans le quatrième volet de la série « Notre voie », l’auteur s’appuie sur l’article de Kurkdjian consacré à Bourj Hammoud pour souligner que la diaspora arménienne peine à se reconnaître dans sa propre littérature contemporaine, celle-ci restant trop centrée sur la mémoire historique au détriment du présent. Selon ce texte, cette focalisation excessive sur le passé risque de creuser un fossé entre les jeunes générations et une identité nationale perçue comme un simple héritage historique plutôt que comme une réalité culturelle vivante.
Dans un article consacré à la littérature arménienne contemporaine de la diaspora, l’auteur s’appuie sur le texte de Kurkjian intitulé « Deuxième équation à plusieurs inconnues » pour interroger la capacité des communautés diasporiques à se reconnaître elles-mêmes dans leur production littéraire. Selon l’auteur, une communauté qui ne produit pas une littérature reflétant sa propre réalité présente risque, au-delà d’un simple problème culturel, de rencontrer une véritable crise identitaire.
L’exemple pris par Kurkjian est celui de Bourj Hammoud, décrit comme une communauté arménienne importante et vivante, avec son histoire, son quotidien, ses rapports sociaux, sa langue parlée et ses particularités culturelles propres. Or, selon lui, cette réalité n’a pas trouvé une expression suffisante dans la littérature contemporaine. L’auteur de l’article en déduit une interrogation plus large : quelle forme de diaspora arménienne peut subsister si celle-ci ne parvient pas à consigner de manière créative son propre présent.
L’article rappelle que la littérature ne se limite pas à un ensemble d’œuvres artistiques : elle constitue aussi un témoignage de son époque, capable de saisir une réalité humaine souvent absente des récits officiels portés par les organisations, les partis, les institutions religieuses ou la mémoire familiale. Selon l’auteur, la critique de Kurkjian porte précisément sur cette lacune : si la réalité sociale et culturelle vécue à Bourj Hammoud n’est pas consignée littérairement, la communauté perd en quelque sorte la trace de son propre présent, ce qui constitue, selon lui, un paradoxe de la préservation identitaire arménienne.
L’auteur développe ensuite l’idée, également issue des observations de Kurkjian, d’une concentration excessive de la littérature diasporique sur le passé, autour des thèmes de la perte historique, de la patrie, de l’exil et des tragédies anciennes, au détriment de la vie contemporaine. Il estime que si cette littérature parle surtout de ce qui a été, sans suffisamment évoquer ce qui se passe aujourd’hui, les jeunes générations, confrontées à des problématiques liées à l’éducation, au travail, aux relations sociales, à la vie urbaine ou à la double identité, risquent de ne plus se reconnaître dans cette production culturelle, qui deviendrait alors un simple héritage historique plutôt qu’une réalité culturelle vivante.
L’auteur précise toutefois que l’approche de Kurkjian n’oppose pas mémoire et modernité : il ne s’agirait pas de renoncer au passé, mais d’éviter que celui-ci n’empêche de voir le présent. Selon l’auteur, Bourj Hammoud illustre ainsi une communauté sociale et culturelle particulière, avec ses propres rues, ses rapports quotidiens, ses différentes couches sociales et ses spécificités linguistiques, dont la culture du langage courant, notamment la langue de rue et l’argot, reste largement absente de la littérature, faute pour celle-ci d’intégrer cette parole vivante.
Source : Mer Oughin

