Dans une tribune traduite en arménien, Greg Sarkissian, directeur de l’Institut Zoryan (Canada), estime que la préservation de la mémoire historique du peuple arménien, notamment celle du génocide arménien et du déplacement forcé des habitants du Haut-Karabakh, ne doit pas être confondue avec des revendications territoriales. Selon lui, l’État arménien doit mener une diplomatie réaliste avec ses voisins tout en évitant que le pragmatisme politique ne se transforme en amnésie historique.
Dans un article traduit en arménien et publié par Mer Khosqe, Greg Sarkissian, directeur de l’Institut Zoryan (Canada), s’interroge sur la manière dont la République d’Arménie pourrait renforcer son État sans dévaloriser la mémoire historique et l’identité nationale du peuple arménien. Selon lui, cette question est devenue particulièrement urgente après la guerre du Haut-Karabakh de 2020 et le déplacement forcé de la population arménienne de cette région en 2023.
L’auteur reconnaît que les priorités du gouvernement arménien – sécurité, frontières internationalement reconnues, développement économique et stabilité – sont compréhensibles pour un petit État contraint de prendre des décisions difficiles dans un environnement géopolitique complexe, impliquant notamment la Russie, la Turquie, l’Iran, les pays européens et les États-Unis. Toutefois, il estime que la République d’Arménie et le peuple arménien ne sont pas des notions identiques : l’une est un État souverain aux frontières définies, l’autre une communauté historico-culturelle dont l’identité s’étend au-delà de ces frontières à travers la diaspora mondiale.
Greg Sarkissian soutient que le pragmatisme politique ne doit pas se transformer en amnésie historique, et qu’un État peut rechercher la paix et la coopération diplomatique tout en préservant la vérité historique. Il souligne toutefois une contradiction potentielle : les mesures jugées nécessaires à la survie de l’État ne correspondent pas toujours aux attentes morales que la nation place en lui, notamment concernant la justice historique, la reconnaissance du génocide arménien ou la dignité nationale. Pour lui, reconnaître cette tension ne revient pas à justifier une injustice, mais à constater que l’État et la nation ont des responsabilités distinctes mais liées.
Concernant le génocide arménien, perpétré par l’Empire ottoman à partir de 1915 et marqué par des massacres de masse, des déplacements forcés et la destruction de nombreuses communautés arméniennes, l’auteur affirme que la préservation de cette mémoire ne signifie pas une revendication de souveraineté sur le territoire actuel de la Turquie. Il applique le même raisonnement au Haut-Karabakh, estimant que la documentation du déplacement forcé de sa population arménienne et du sort du patrimoine religieux et culturel arménien n’a pas vocation à servir un agenda territorial ou politique, mais à préserver un savoir historique transmis aux générations futures.
Enfin, Greg Sarkissian évoque l’expérience comparative de la Grèce et de Chypre, rappelant qu’avant la Première Guerre mondiale, l’Anatolie était peuplée d’Arméniens, de Grecs, d’Assyriens et d’autres peuples ayant subi violences, persécutions et déplacements. Selon lui, ces histoires communautaires, bien que différentes, peuvent aider à comprendre les expériences partagées de déplacement et de mémoire ancestrale.
Source : Mer Oughin

