**Dans une tribune, Varoujan Tenbelian estime que les institutions traditionnelles de la diaspora arménienne, même dotées de sites web, de réseaux sociaux et de réunions en ligne, ne sont pas pour autant modernisées, car elles restent dirigées selon une logique d’une cinquantaine ou soixantaine d’années en arrière. Selon lui, l’intelligence artificielle ne peut pas, à elle seule, moderniser une mentalité ancienne.**
Dans une tribune, Varoujan Tenpélian estime que poursuivre la direction d’une institution selon la logique d’il y a cinquante ou soixante ans revient à répondre aux questions du monde nouveau avec les présupposés de l’ancien. Il soutient qu’une institution dotée d’un site internet, de pages sur les réseaux sociaux, d’une messagerie électronique et de réunions en ligne n’est pas pour autant modernisée : elle peut utiliser des outils du XXIe siècle tout en pensant selon la logique de l’époque du télégraphe et du télex.
L’auteur rappelle que les institutions traditionnelles de la diaspora arménienne (écoles, associations culturelles, organisations caritatives, clubs sportifs, presse, structures communautaires) sont nées de besoins réels, dans le contexte de survie d’un peuple rescapé d’une catastrophe nationale. Selon lui, elles ont préservé la langue, transmis l’héritage culturel et organisé la vie communautaire pendant des décennies. Mais le mérite historique ne garantit pas la viabilité future, et le succès passé peut devenir, à ses yeux, le principal obstacle du présent.
Tenpélian oppose l’ère du télégraphe, où l’information était limitée, lente et gérée par des systèmes centralisés, à aujourd’hui, où le savoir circule hors des murs des institutions. Il cite l’exemple d’un jeune qui suit sur son téléphone les cours des meilleures universités. Il affirme que l’intelligence artificielle (IA) transforme déjà les façons d’étudier, d’écrire, de traduire et de travailler. Selon lui, on confond souvent modernisation et acquisition d’outils : le site peut n’être que la version numérique de l’ancien tableau d’affichage, la page de réseau social qu’une nouvelle forme des anciennes circulaires, la réunion en ligne que la prolongation de discussions interminables. « Le moyen a changé, mais pas la mentalité », écrit-il.
L’auteur juge que, parfois, la préservation de l’institution devient une fin en soi : la question n’est plus « quel besoin satisfaisons-nous ? » mais « comment assurer notre survie ? ». La première, dit-il, pousse à étudier l’évolution des besoins et à se transformer ; la seconde peut conduire à l’autoconservation, à la méfiance envers le changement et à la reproduction sans fin des structures existantes. Il demande si toutes les institutions répondent encore aux besoins pour lesquels elles ont été créées et, si ces besoins ont changé, si elles ont adapté leur travail.
Tenpélian s’interroge aussi sur l’idée que les jeunes se désintéressent de la vie communautaire, en demandant si les institutions sont prêtes à leur offrir une vraie participation. Il décrit comme une manifestation tenace de la pensée traditionnelle la culture des « aghas et djodjs », où le pouvoir de décision est réservé à un cercle restreint fondé sur l’âge, la position, la fortune ou l’autorité acquise. Selon lui, ce système se reproduit en portant à la direction des personnes issues du même milieu, et confond continuité du leadership et maintien au pouvoir des mêmes personnes ou du même groupe. Il évoque aussi les conseils d’administration d’écoles, où jeunes spécialistes et enseignants ne participeraient pas toujours réellement aux décisions, et mentionne, d’après des informations parvenues « récemment », le cas d’un directeur d’école performant qui aurait, « vraisemblablement », pâti de cette mentalité.
Il ajoute que le jeune est un participant d’aujourd’hui et pas seulement un futur dirigeant : si on ne l’invite qu’à exécuter les décisions des aînés, il n’est pas étonnant qu’il exerce ailleurs sa force créatrice. Une institution ne peut former les dirigeants de demain si sa direction actuelle n’est pas prête à leur faire place. Enfin, selon lui, l’IA peut aider les institutions à mieux s’organiser, à étudier les besoins de leurs membres et à élaborer de nouveaux modes de communication, mais l’utiliser n’équivaut pas automatiquement à se moderniser : elle ne peut pas, par exemple, créer une culture de débat ouvert si la direction ne tolère pas la critique. Le texte fourni s’interrompt à ce stade.
Source : Mer Oughin

