discours du premier ministre pour la commémoration du génocide arménien.-1
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À quelques semaines des élections législatives arméniennes prévues le 7 juin, l’Arménie fait face à une vaste campagne de désinformation attribuée à des réseaux prorusses. Selon une enquête publiée par  Euronews, cette opération numérique serait l’une des plus importantes observées récemment dans l’espace post-soviétique.

Les chercheurs spécialisés dans les ingérences informationnelles ont identifié plus de 340 vidéos falsifiées circulant sur les réseaux sociaux depuis le début du mois de mai. Ces contenus utilisent massivement l’intelligence artificielle pour imiter des médias européens reconnus, diffuser de faux reportages et manipuler l’opinion publique arménienne.

Les réseaux « Matriochka » et « Storm-1516 » au cœur de l’opération

D’après les analystes cités par Euronews, cette campagne s’inscrirait dans le cadre de l’opération « Matriochka », un réseau de désinformation pro-Kremlin déjà actif dans plusieurs pays européens. Ce dispositif repose sur la diffusion de faux contenus journalistiques et sur l’usurpation de l’identité visuelle de grands médias internationaux.

Les experts évoquent également l’implication du réseau « Storm-1516 », considéré comme l’une des structures de propagande numérique prorusse les plus sophistiquées apparues ces dernières années. Ce réseau combine vidéos générées par intelligence artificielle, faux témoignages, bots et faux sites d’information afin de rendre les contenus trompeurs plus crédibles et viraux.

Parmi les récits les plus relayés figure l’idée qu’une victoire du Premier ministre arménien Nikol Pachinian entraînerait une confrontation directe entre l’Arménie et la Russie. D’autres contenus accusent les autorités arméniennes de vouloir « occidentaliser » le pays au détriment de ses liens historiques avec Moscou.

Une stratégie déjà observée ailleurs en Europe

Les spécialistes de la cybersécurité soulignent que les méthodes utilisées rappellent d’autres campagnes d’influence menées récemment en Hongrie, en Moldavie ou encore en France. Plusieurs enquêtes ont montré l’utilisation croissante de faux sites d’information, de vidéos manipulées et de faux contenus journalistiques pour influencer des scrutins électoraux et fragiliser les institutions démocratiques.

Les opérations « Matriochka », « Doppelgänger » et « Storm-1516 » s’appuient toutes sur une même logique : reproduire l’apparence de médias occidentaux crédibles afin de diffuser des récits favorables au Kremlin tout en semant la confusion dans l’opinion publique.

Un contexte géopolitique sous tension

Cette offensive informationnelle intervient alors que les relations entre l’Arménie et la Russie traversent une période de fortes tensions. Depuis la guerre du Haut-Karabakh et les critiques adressées à Moscou concernant son soutien jugé insuffisant à Erevan, le gouvernement arménien tente progressivement de renforcer ses liens avec l’Union européenne et les partenaires occidentaux.

Pour plusieurs observateurs, la désinformation devient désormais un outil central de la guerre hybride menée dans l’espace européen et post-soviétique. L’objectif serait autant de polariser les sociétés que de fragiliser la confiance envers les institutions démocratiques et les médias traditionnels.