Interview de Robert Aydabirian sur le « Congrès de mobilisation nationale de la Diaspora »
L’une des personnalités connues de la communauté franco-arménienne, militant national et dirigeant de grandes entreprises internationales dans le domaine technologique, Robert Aydabirian, a accordé une interview à la chaîne de télévision arménienne 1in TV, à propos du « Congrès de mobilisation nationale de la Diaspora » tenu à Paris les 11 et 12 avril.
Nous présentons ci-dessous cette interview dans son intégralité.
Jirayr Voskanian (présentateur) – Monsieur Aydabirian, un congrès a débuté à Paris, réunissant plus de 150 représentants de plus de 25 pays. Son objectif est de redonner un nouvel élan à l’agenda politique de la Diaspora et de mobiliser le potentiel national. Des représentants de l’opposition parlementaire arménienne ainsi que des forces extraparlementaires proches y participent également.
Selon les informations fournies, face aux défis critiques auxquels notre pays est confronté, le rôle stratégique de la Diaspora devient irremplaçable. Durant ces deux jours, les discussions porteront notamment sur les nouvelles perspectives des relations Arménie-Diaspora, la gestion de la crise actuelle, le rôle des structures nationales et de l’Église apostolique arménienne face aux menaces pesant sur l’identité arménienne, ainsi que l’élaboration d’un agenda panarménien commun.
Je vous demande d’abord de nous donner quelques précisions sur les objectifs réels de ce congrès.
Robert Aydabirian – C’est précisément la question : qu’y a-t-il derrière les mots et les déclarations ? Quels sont les objectifs et quels seront les résultats de cette réunion ? Qui se cache derrière l’organisation de ce congrès ? Ce qui se passe correspond-il à la ligne de Moscou ? Va-t-on continuer à servir ses intérêts ? Voilà les vraies questions.
Vous savez, je viens d’une famille dont les premiers membres – mon grand-père, mon père, et même moi – ont été engagés. Il existe des questions transparentes et d’autres qui ne le sont pas, dont le public, et même les membres du parti, ne sont généralement pas informés. C’est pourquoi beaucoup restent dans le flou et la confusion, et participent ou soutiennent ces initiatives.
Je dois dire que la Dachnaktsoutioun n’a plus la réputation, ni l’intégrité, ni les principes qu’elle avait autrefois. Jusqu’aux années 1970, la situation était différente, mais à partir de cette époque, des changements internes ont eu lieu : les directives ont commencé à venir de Moscou, de nouveaux dirigeants ont été imposés, dépendants de ces autorités, et cela a continué jusqu’à aujourd’hui.
Le parti subit encore les conséquences des décisions prises lors du 24e congrès en 1988. Au lieu de servir le peuple, il sert des intérêts étrangers, et certains de ses dirigeants, autrefois liés à la SAVAK iranienne, sont devenus des agents du Kremlin.
J.V. – Autrement dit, peut-on dire que ce congrès sert de couverture à une tentative de diffusion de propagande pro-Kremlin au sein de la Diaspora, visant à neutraliser les priorités de l’État arménien ?
R.A. – Oui, c’est exactement cela. Le paysage politique arménien est aujourd’hui divisé en deux : ceux qui restent pro-russes et ceux qui veulent s’en détacher pour élargir les capacités du pays, en donnant à l’Arménie de nouvelles possibilités d’indépendance et de liberté.
Depuis près de 300 ans, l’Arménie est soumise à une politique impériale russe, ce qui a empêché son développement en tant que nation et État forts. Pour sortir de cette situation, il faut clarifier les règles du jeu.
J.V. – Est-ce aussi la raison pour laquelle il n’existe pas d’agenda arménien commun, mais plutôt des approches fragmentées selon les communautés ?
R.A. – Exactement. Et il faut dire que, malgré ces initiatives visibles, ceux qui parlent fort ne représentent pas réellement la Diaspora. Ils ne représentent qu’un petit pourcentage, principalement leurs partisans. Il ne faut donc pas surestimer l’importance de ce congrès.
En réalité, il ne s’agit que de la répétition de pratiques vieilles de 50 ans.
Il existe toutefois des intellectuels regroupés sous diverses formes, comme le groupe des « Indépendants », qui rassemblent des universitaires et enseignants qualifiés. Ils ont beaucoup à dire.
Récemment, ils ont organisé un important colloque au Parlement français sur les relations franco-arméniennes, abordant les dimensions économiques, sécuritaires et diplomatiques.
Il faut reconnaître le soutien de l’État français, du président Emmanuel Macron et de son gouvernement envers l’Arménie. Sa visite prévue à Erevan les 3 et 4 mai est un événement majeur. Nous soutenons pleinement cette orientation.
J.V. – Quels risques ce type de congrès peut-il représenter pour la Diaspora et l’Arménie ?
R.A. – Pour la Diaspora, ce n’est pas un danger. Au contraire, le rapprochement franco-arménien est positif. Le risque concerne plutôt les tensions géopolitiques : la position ferme de la France face à la Russie en Ukraine, et sa prudence vis-à-vis de l’Iran. Mais globalement, ces positions servent nos intérêts.
J.V. – Les relations Arménie-Diaspora sont-elles en crise ?
R.A. – Non, mais la situation n’est pas idéale. Certaines organisations de la Diaspora et même l’Église ne respectent pas leur rôle. L’Église devrait se concentrer sur le spirituel, et les organisations sur des projets culturels et économiques.
Les questions politiques doivent relever des autorités élues en Arménie. Sinon, cela perturbe le fonctionnement de l’État.
J.V. – Faut-il un nouveau modèle institutionnel ?
R.A. – Oui, clairement. Les structures actuelles ne fonctionnent pas bien. L’Église doit changer son fonctionnement, et les autorités arméniennes doivent mieux collaborer avec les organisations qui œuvrent réellement pour la préservation de l’identité arménienne.
Il faut instaurer un climat de respect mutuel. Par exemple, en Californie, un groupe a récemment organisé un congrès en séparant clairement les questions de la Diaspora de la politique intérieure arménienne. C’est une approche que je soutiens pleinement.
J.V. – Espérons-le. Merci.
R.A. – Espérons et travaillons pour y parvenir.
La vidéo en arménien :
