**Selon la députée Taguhi Ghazarian (Contrat civique), le projet de nouvelle Constitution arménienne doit susciter un large consensus public, au-delà du seul Parlement, et vise à ancrer une nouvelle vision de l’État. Elle a assuré que l’Arménie ne manquera pas de gaz malgré la crise « sans précédent » avec la Russie, tout en excluant l’idée que le pays s’enrichisse au détriment de Moscou.**
Dans un entretien accordé à 1inTV, la députée du groupe parlementaire « Contrat civil » Taguhi Ghazaryan a estimé qu’il ne s’agit pas simplement d’apporter des modifications à la Constitution actuelle, mais de consacrer la vision d’un nouvel État. Selon elle, l’« Arménie réelle » n’est pas seulement un État aux frontières reconnues internationalement, mais aussi une Arménie dotée d’agendas étatiques réalistes.
Selon la députée, un large consensus public doit se former autour du projet de nouvelle Constitution une fois celui-ci publié, le processus ne devant pas se limiter aux seules discussions parlementaires. Elle a reconnu que « Contrat civil » ne dispose pas actuellement de la majorité des deux tiers nécessaire pour une réforme constitutionnelle, mais a jugé que cela ne rendait pas le processus impossible, rappelant qu’en 2018, lors de l’élection de Nikol Pachinian au poste de Premier ministre, sa force politique ne comptait que quelques députés avant qu’une majorité ne se forme par la suite. Elle a ajouté que même l’opposition pourrait participer au processus, un référendum constituant en soi une opportunité de lutte politique.
Concernant le contenu du texte, Taguhi Ghazaryan a jugé prioritaires les questions relatives à l’efficacité du système judiciaire et aux mécanismes de contrôle et d’équilibre des pouvoirs, regrettant que le débat récent se soit trop concentré sur la manière d’obtenir la majorité des deux tiers plutôt que sur le contenu même de la Constitution proposée. Elle a par ailleurs évoqué l’absence, selon elle, d’une troisième offre politique de qualité sur l’échiquier arménien, tout en précisant que la création d’une nouvelle force politique ne devait pas être une fin en soi.
Sur la politique étrangère, la députée a reconnu que les décisions arméniennes sont souvent circonstancielles, mais qu’elles s’inscrivent selon elle dans un système cohérent, l’Arménie travaillant à la fois à la paix et à l’interconnexion avec ses voisins tout en nouant de nouveaux partenariats. Elle a qualifié les relations avec la Russie de crise sans précédent, contestant l’idée que les problèmes actuels seraient d’ordre principalement économique ou agricole : selon elle, le différend est politique et a déjà atteint le niveau des agendas politiques. Elle a également rejeté l’idée que l’Arménie s’enrichirait aux dépens de la Russie, rappelant que les produits arméniens s’étaient auparavant vendus sur le marché russe en raison de la demande, et non par bienveillance.
Interrogée sur la sécurité énergétique dans le contexte de tensions avec Moscou, Taguhi Ghazaryan a assuré que l’Arménie ne manquerait pas de gaz et trouverait les moyens de payer même en cas de hausse des prix, le gouvernement et la majorité parlementaire étant selon elle prêts à gérer ces risques. Elle a aussi souligné l’importance du développement des infrastructures ferroviaires, mentionnant des travaux de rénovation menés côté arménien ainsi que par la Turquie, estimant qu’il fallait d’abord disposer d’une infrastructure fonctionnelle avant d’aborder les questions de statut.
La députée a affirmé que l’Arménie était prête à des relations constructives avec la Russie si Moscou révisait sa politique punitive à son égard, déclarant : « Si nous ne voulons pas être ennemis de l’Azerbaïdjan et de la Turquie, nous ne voulons certainement pas non plus être ennemis de la Russie », et soulignant que l’Arménie ne souhaite d’ennemis dans aucune direction. Elle a par ailleurs interprété les déclarations russes formulées dans le cadre de l’OTSC et de l’UEE comme des instruments de pression, estimant que l’Arménie devait évaluer non pas la formulation de la menace, mais sa réalité concrète.
Source : Mer Oughin

