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Dans la dixième partie de sa tribune sur l’évolution politique du génocide arménien, Vahram Atanesyan rappelle que des personnalités d’origine arménienne ayant occupé des postes officiels en URSS et aux États-Unis, comme Abel Aganbegyan, Gueorgui Chahnazarov ou George Deukmejian, représentaient avant tout leur pays et non une cause ethnique, leur influence personnelle s’arrêtant là où elle se heurtait aux intérêts géopolitiques de leur État. Selon lui, croire au contraire qu’un lobby arménien pourrait peser de façon décisive sur ces questions relève d’un malentendu qui éloigne les relations Arménie-diaspora du pragmatisme et engendre des illusions, puis des déceptions lorsque celles-ci ne se concrétisent pas.

Dans une nouvelle tribune consacrée au « cheminement politique du génocide arménien », Vahram Atanesyan revient sur le début du mouvement du Karabakh à la fin des années 1980. Il rappelle qu’à cette époque, le dirigeant soviétique Mikhaïl Gorbatchev comptait deux conseillers d’origine arménienne, Gueorgui Chahnazarov et Abel Aganbeguian, ce dernier ayant expliqué, dans un entretien au journal du Parti communiste français « L’Humanité », qu’il serait économiquement pertinent de rattacher le Haut-Karabakh à l’Arménie.

Selon l’auteur, aucune information publique n’existe sur la position qu’aurait pu avoir Gueorgui Chahnazarov sur ce dossier. Cela n’a toutefois pas empêché, écrit-il, la partie azerbaïdjanaise de soutenir pendant des décennies que le limogeage de Heïdar Aliev à l’automne 1987 aurait été exigé par le « lobby arménien », et que le mouvement du Karabakh n’aurait pas débuté si celui-ci était resté membre du Bureau politique.

Vahram Atanesyan note, par ailleurs, que la même période a vu George Deukmejian, d’origine arménienne, occuper le poste de gouverneur de Californie, élu en tant que représentant du Parti républicain, après avoir été procureur général de Californie puis sénateur de cet État. Le 5 juillet 1990, lors d’une visite aux États-Unis, Mikhaïl Gorbatchev a rencontré George Deukmejian, qui lui a fait part de ses préoccupations concernant la sécurité de la population arménienne en Azerbaïdjan et lui a remis une lettre de la communauté arménienne de Californie.

D’après l’auteur, la propagande azerbaïdjanaise a ensuite fait circuler des rumeurs selon lesquelles Deukmejian aurait offert des cadeaux coûteux à l’épouse de Gorbatchev afin qu’elle influence son mari sur la question du Haut-Karabakh. Il souligne cependant que cette rencontre a eu lieu après les pogroms antiarméniens de Bakou et l’instauration de l’état d’urgence ainsi que du pouvoir du Comité d’organisation azerbaïdjanais au Haut-Karabakh, et que la situation, loin de s’améliorer après cet échange, s’est au contraire aggravée.

Vahram Atanesyan estime qu’Abel Aganbeguian, Gueorgui Chahnazarov et George Deukmejian, bien qu’ethniquement arméniens, représentaient officiellement respectivement l’URSS et les États-Unis, et que leurs positions personnelles sur le Haut-Karabakh ne pouvaient avoir d’influence décisive ni sur le gouvernement soviétique ni sur le président américain. Selon lui, leur influence restait limitée et s’arrêtait là où elle se heurtait aux intérêts géopolitiques de l’URSS et des États-Unis, ce qui démontre, à ses yeux, que les questions de sécurité nationale et étatique ne dépendent pas de l’influence de lobbying d’un responsable ou d’une personnalité publique d’origine arménienne, même dans le pays le plus influent qui soit.

Source : Mer Oughin