Le Conseil de Coordination des Organisations Arméniennes de France (CCAF) a publié un communiqué dénonçant l’exclusion de plusieurs de ses dirigeants de l’inauguration de la nouvelle ambassade d’Arménie à Paris. Le ton est grave, l’indignation appuyée, et la décision du gouvernement arménien qualifiée de « faute ».
Mais derrière cette réaction solennelle, une réalité plus simple s’impose : cette mise à l’écart n’a rien d’une surprise.
Une organisation qui s’est voulue incontournable
Depuis des années, le CCAF ne s’est pas contenté de coordonner des associations. Il s’est progressivement comporté comme une instance politique à part entière, cherchant à peser sur les décisions, à orienter les débats et à incarner une forme de diplomatie parallèle.
Ce positionnement a installé une confusion durable : celle d’une structure qui se présente comme représentative de toute une diaspora, alors qu’elle repose en réalité sur un cercle militant restreint et fortement politisé.
Une ligne dure assumée contre Erevan
Les coprésidents, Ara Toranian et Mourad Papazian, ont multiplié les prises de position critiques à l’égard du gouvernement arménien. Tribune après tribune, intervention après intervention, le CCAF s’est inscrit dans une logique d’opposition assumée.
Dans ce contexte, l’exclusion de figures comme Hovannés Guevorguian ou de l’évêque Krikor Khatchatrian n’apparaît pas comme un simple incident protocolaire, mais comme l’aboutissement d’une relation devenue ouvertement conflictuelle.
L’Église elle-même entrée dans le champ politique
Un autre élément alimente les tensions : la perception d’une implication croissante de certaines figures religieuses dans le débat politique. La participation de Monseigneur Krikor Khatchatrian à des rassemblements critiques envers les autorités arméniennes, ainsi que la diffusion de prises de position perçues comme politiques, ont été interprétées par certains comme une sortie du strict cadre spirituel.
Cette évolution a contribué à brouiller davantage les lignes entre engagement religieux, représentation communautaire et opposition politique.
Une indignation difficile à entendre
Le communiqué du CCAF dénonce une atteinte à l’unité de la diaspora. Pourtant, cette posture interroge. Pendant des années, l’organisation a elle-même contribué à marginaliser les voix divergentes, imposant une ligne politique étroite et peu ouverte à la contradiction.
Aujourd’hui, elle se retrouve confrontée à une logique qu’elle connaît bien : celle de l’exclusion.
Une représentativité très relative
Le CCAF revendique un rôle central. Mais dans les faits, il ne représente qu’une fraction limitée de la diaspora arménienne en France. Derrière les prises de parole et les postures politiques, beaucoup d’Arméniens de France ne se reconnaissent ni dans ses positions, ni dans ses méthodes.
L’écart entre la prétention à incarner une voix collective et la réalité d’un cercle restreint alimente un malaise de plus en plus visible.
Un timing révélateur
Cette polémique intervient à quelques jours d’un déplacement du président Emmanuel Macron en Arménie, dans un contexte diplomatique chargé. Alors que les enjeux régionaux et européens sont importants, cette querelle donne l’image de divisions internes en décalage avec les priorités du moment.
Tirer les conséquences
À ce stade, la question n’est plus seulement celle de l’exclusion, mais celle de la responsabilité. Une diaspora ne peut pas durablement exister dans la confrontation permanente avec l’État qu’elle est censée accompagner. Elle doit être un pont entre la France et l’Arménie, pas un facteur de rupture.
À force de s’accrocher à des positions et à des rôles qu’ils considèrent acquis, certains dirigeants ont fini par s’isoler eux-mêmes. Ce qui est présenté aujourd’hui comme une injustice apparaît, pour beaucoup, comme la conséquence directe d’une stratégie menée depuis des années.
Il leur appartient désormais d’en tirer les conséquences.
« Les arroseurs arrosés ».
