Par Marie Taffoureau
Premier EP d’almast, nom de scène d’Alice Chahbazian, FOREWORD ouvre une chambre sonore où l’intime, la mémoire arménienne et la jeunesse diasporique cherchent leur forme juste.
Il y a des débuts qui ne font pas de bruit, mais qui déplacent une pièce. FOREWORD, premier EP d’almast, nom de scène d’Alice Chahbazian, appartient à cette famille rare des œuvres seuils. Un avant propos, comme son titre l’annonce, mais déjà une chambre ouverte, une main sur le piano, une voix qui ne cherche pas à impressionner avant d’avoir dit vrai.
Une voix entre héritage et invention
Musicienne française d’origine arménienne, autrice, compositrice, interprète, chanteuse et bassiste, Alice Chahbazian avance sous le nom Almast, clin d’œil au prénom de sa tante maternelle.
Son univers tient dans une tension très arménienne, celle de l’héritage et de l’invention, de la pudeur et de la brûlure.
Les morceaux de FOREWORD, enregistrés en home studio à Niort début 2026, naissent d’une matrice piano voix avant d’être arrangés avec Théo Schirru et LaBlue. Cinq titres seulement, mais déjà une grammaire.
Jazz, neo soul, rock, musique traditionnelle arménienne, anglais, parfois français, parfois arménien. La filiation n’est pas un musée, elle devient matière sonore.
Une fragilité qui tient debout
Chez almast, rien ne sent la posture. Les chansons parlent de souvenirs, de doutes, d’angoisses nocturnes, de construction de soi.
Il y a dans cette écriture une fragilité tenue, non pas la fragilité vendue comme esthétique, mais celle qui garde sa colonne vertébrale.
On pense à Komitas pour la mémoire recueillie dans la voix, à Zabel Yesayan pour cette façon de refuser le mensonge sentimental, à Aznavour aussi, non pour l’imitation, mais pour l’art de faire tenir une blessure dans une ligne mélodique.
Eclipse, ou la troisième rive
La live session acoustique d’Eclipse chez Krispy Records confirme cette impression. Dépouillée, piano voix, la chanson respire mieux encore.
Elle laisse entendre une artiste au bord de sa propre langue, là où la jeunesse arménienne diasporique ne choisit plus entre racine et modernité, mais tente de fabriquer une troisième rive.
Une première page
Almast ne chante pas l’Arménie comme un drapeau. Elle la laisse passer dans le timbre, dans l’ombre, dans l’inquiétude, dans cette manière de chercher une forme juste sans trahir le trouble.
FOREWORD porte bien son nom. Ce n’est pas encore le livre. C’est la première page, et elle donne envie de tourner les suivantes.

