relations-armeno-turques-bakou-reste-l-acteur-decisif-selon-le-politologue-samvel-melikset
3 min de lecture

La société arménienne sera plus facilement convaincue de la nécessité de réformes constitutionnelles lorsqu’elle constatera une paix réelle et une confiance réciproque, plutôt que des exigences sans cesse renouvelées, qui empoisonnent le processus.

1inTV s’est entretenu avec le politologue Samvel Melikseytan, expert du Conseil arménien. Selon lui, l’Azerbaïdjan continue de jouer un rôle décisif dans le règlement des relations arméno-turques : c’est en raison de son influence sur Ankara que la frontière reste fermée et les relations diplomatiques absentes, Bakou utilisant ce levier pour faire aboutir sa revendication centrale, la modification du préambule de la Constitution arménienne.

Il estime que le facteur personnel — la relation entre le président turc Recep Tayyip Erdoğan et la direction azerbaïdjanaise — pèse fortement sur la politique d’Ankara. Selon les diplomates et analystes turcs qu’il a pu rencontrer, beaucoup jugent que le règlement arméno-turc devrait être dissocié du processus arméno-azerbaïdjanais, considérant la situation actuelle dans le Caucase du Sud comme une opportunité historique.

M. Melikseytan relève qu’un climat plus ouvert s’est développé ces dernières années en Turquie sur les questions historiques, un sentiment de responsabilité étant perceptible chez de nombreux experts turcs, hors des cercles nationalistes les plus radicaux.

Il estime qu’à moyen et long terme, l’Arménie pourrait entretenir avec la Turquie l’une des relations les plus stables de la région. La Turquie a déjà entamé la reconstruction du dernier tronçon ferroviaire menant à la frontière arménienne, les travaux côté arménien étant moins importants ; l’infrastructure frontalière pourrait être achevée d’ici environ un an, un délai jugé trop court pour un référendum constitutionnel en Arménie, faute de consensus politique.

Selon lui, des relations économiques, de transport et même diplomatiques avec l’Azerbaïdjan restent envisageables même en l’absence de traité de paix formel — il jugerait irréaliste que Bakou renonce à des infrastructures déjà construites au seul motif que la Constitution arménienne n’a pas encore changé.

Sur les relations arméno-russes, M. Melikseytan les inscrit dans l’affaiblissement plus large des positions russes dans tout l’espace post-soviétique, un phénomène qu’il observe aussi au Kazakhstan et en Ouzbékistan. Il juge que Moscou tente, par la pression, de faire de l’Arménie un exemple pour les autres pays post-soviétiques, mais qu’un tel chantage coûterait à l’Arménie la confiance européenne sans rien apporter en retour ; il ne considère plus la Russie comme un garant fiable de la sécurité arménienne après les événements de 2022 et 2023.

Il souligne enfin l’importance stratégique, pour Bakou, des projets de corridor du Caucase central, l’économie azerbaïdjanaise stagnant ces dernières années, et appelle l’Arménie à développer en parallèle ses propres infrastructures routières et ferroviaires internes, encore sous-exploitées, pour tirer parti de cette fenêtre historique.

Source : Mer Oughin