Dans une tribune, l’analyste Vahram Atanessian affirme que la Russie, l’Azerbaïdjan et l’opposition institutionnelle arménienne s’opposent au choix européen de l’Arménie, une situation qu’il qualifie déjà de « menace nationale ». Il estime notamment que Moscou se retire du Caucase du Sud et d’Asie centrale, que la proposition russe d’un « soutien consultatif » à la délimitation frontalière arméno-azerbaïdjanaise vise en réalité à séduire Bakou, et que la décision européenne de geler pendant deux ans les droits de douane sur les importations arméniennes constitue avant tout un « coussin sécuritaire ».
Dans une tribune publiée par Arménie Info, l’analyste Vahram Atanessian estime que la Russie se retire progressivement du Caucase du Sud et de l’Asie centrale, une région où, selon lui, les pays d’Asie centrale, bien que majoritairement turcophones, cherchent à contrebalancer l’influence turque en développant leurs relations avec la Chine, l’Union européenne, les États-Unis, le Japon, la Corée du Sud et d’autres pays de la région Asie-Pacifique.
L’auteur affirme que, parmi les trois pays du Caucase du Sud, le choix européen est «dicté» pour l’Azerbaïdjan, dont le régime, qualifié d’autoritaire, considérerait le système de valeurs européen comme une menace. Il ajoute que les relations entre la Géorgie et l’Union européenne sont, selon ses termes, «froides», tout en rappelant que la Géorgie entretient une coopération stratégique avec la Turquie et l’Azerbaïdjan. Pour l’Arménie en revanche, le choix européen revêtirait, selon lui, une importance qui dépasserait l’aspect économique et civilisationnel pour toucher directement à la sécurité nationale, l’auteur n’excluant pas qu’à l’avenir l’Iran et l’Azerbaïdjan rejoignent, aux côtés de la Turquie, du Pakistan, de l’Arabie saoudite et d’autres pays arabes du Golfe, ce qu’il appelle l’«accord de la Mecque» initié par le président turc Erdogan, désigné par certains experts occidentaux comme l’«OTAN islamique».
Vahram Atanessian s’interroge sur le lien entre l’annonce du président russe Vladimir Poutine évoquant un retrait «prochain» de la base militaire russe de Gyumri et les négociations à huis clos, longues d’une heure et demie, tenues à Bichkek entre Poutine et Erdogan, au cours desquelles auraient également été abordées des questions de sécurité en mer Noire. Selon lui, cela signifierait que les deux dirigeants ont discuté du statu quo géopolitique dans le Caucase du Sud.
L’auteur soutient également que la seconde guerre du Karabakh aurait mis fin, dans les faits, à des accords russo-turcs vieux de près d’un siècle. Il affirme que plus personne en Arménie ne devrait douter que la Russie a cédé le Haut-Karabakh afin que l’Azerbaïdjan adhère, au moins, à l’Union économique eurasiatique (UEEA), une analyse que, selon lui, même des experts russes dotés d’un minimum de sens moral reconnaîtraient, directement ou indirectement.
Selon Vahram Atanessian, l’évocation par Poutine, à Bichkek, d’un «besoin d’assistance consultative» russe dans le processus de délimitation des frontières entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan constituerait une proposition tentante adressée à Bakou, à laquelle le président azerbaïdjanais Ilham Aliev pourrait toutefois ne pas céder, que ce soit sur instruction de la Turquie ou en raison d’une mise en garde des États-Unis. Dans ce contexte, il interprète la décision de l’Union européenne de geler pendant deux ans les droits de douane sur les importations en provenance d’Arménie non pas comme une simple remise économique, mais comme un «coussin sécuritaire».
L’auteur conclut que le choix européen de l’Arménie se heurte à l’opposition conjointe de la Russie, de l’Azerbaïdjan et de l’opposition institutionnelle arménienne, une situation qu’il qualifie déjà de menace pour la sécurité nationale du pays.
Source : Mer Oughin

