**Selon l’analyste Vahram Atanessian, le crash d’un hélicoptère Mi-8 près d’Agdam le 20 novembre 1991, qui a fait 22 morts dont des responsables azerbaïdjanais et le vice-ministre kazakh de l’Intérieur, n’a jamais fait l’objet d’une enquête officielle, le Front populaire azerbaïdjanais ayant empêché l’envoi des boîtes noires à Moscou. L’auteur souligne que la responsabilité en a été attribuée sans ambiguïté à des « terroristes arméniens », tandis que cet événement a précédé de quelques jours l’abolition de l’autonomie du Haut-Karabakh par le Soviet suprême azerbaïdjanais.**
Dans la deuxième partie de sa tribune, Vahram Atanessian revient sur le crash, le 20 novembre 1991, d’un hélicoptère Mi-8 du ministère de l’Intérieur soviétique, survenu quelques minutes après son décollage d’Aghdam, deux mois après la visite à Stepanakert des présidents russe et kazakh et les accords politiques de Jeleznovodsk. Selon les informations officielles, trois membres d’équipage et dix-neuf passagers ont péri. Il affirme qu’aucune enquête officielle sur les causes de l’accident n’a été menée, le Front populaire d’Azerbaïdjan ayant empêché que les « boîtes noires » soient envoyées à Moscou, et que la responsabilité en a été imputée sans ambiguïté à des « terroristes arméniens ».
L’auteur rappelle que, selon des sources azerbaïdjanaises ouvertes, une manifestation de personnes déplacées de force de Khojavend aurait eu lieu ce jour-là à Aghdam, où se tenait par ailleurs une réunion convoquée sur ordre du président Moutalibov par le secrétaire d’État Tofig Ismaïlov, en présence notamment du procureur général Ismet Gaïbov, du ministre de l’Intérieur Mahomed Assadov, du vice-premier ministre Zulfi Hadjiev, ainsi que du commandant militaire Jinkine et du chef du département de l’Intérieur du Haut-Karabakh, Kovalev. Il note que ce n’est que des années plus tard que des sources azerbaïdjanaises ont révélé la présence ce jour-là à Aghdam du vice-président du Conseil suprême, Tamerlan Garaïev, qui devait lui aussi s’envoler pour Martouni mais aurait été rappelé au dernier moment au centre de communication de l’aéroport, sans que l’on sache qui l’avait appelé depuis Bakou ; Garaïev aurait alors indiqué à Ismaïlov avoir reçu une « mission spéciale » l’obligeant à retourner d’urgence dans la capitale.
Selon Atanessian, les funérailles des victimes de l’accident se sont transformées à Bakou en un rassemblement de masse exigeant la démission de Moutalibov, et une session extraordinaire du Conseil suprême a été convoquée sous la pression du Front populaire. Il précise que, le 25 novembre, ce Conseil a adopté une loi jugée anticonstitutionnelle abolissant la région autonome du Haut-Karabakh, suivie le lendemain d’une décision relative à des « mesures de sécurité pour la population azerbaïdjanaise du Haut-Karabakh », dont le texte n’a, selon lui, jamais été publié. D’après des articles de presse cités par l’auteur, ce texte aurait chargé les ministères de la Défense, de l’Intérieur et de la Sécurité nationale de déployer des unités armées dans les villes et villages à population azerbaïdjanaise du Haut-Karabakh, en particulier à Chouchi et à Khojaly.
L’auteur ajoute que le vice-ministre de l’Intérieur du Kazakhstan, Sanlal Serikov, a également péri dans le crash, et que, selon la version officielle, des militaires russes figuraient parmi les victimes, sans que leur identité n’ait jamais été révélée. Il s’interroge enfin sur les bénéficiaires politiques de l’élimination de l’équipe de Moutalibov, de l’annulation des accords de Jeleznovodsk et de la dissolution de la région autonome du Haut-Karabakh, estimant que le premier bénéficiaire politique de cette escalade fut Heïdar Aliev. Tout en soulignant qu’il n’existe pas de réponse directe quant à un éventuel lien d’Aliev avec le crash de l’hélicoptère, il relève que ce dernier, de retour au pouvoir en 1993, a nommé Tamerlan Garaïev ambassadeur, poste que celui-ci occupe toujours aujourd’hui, à 75 ans, représentant l’Azerbaïdjan en Lituanie.
Source : Mer Oughin

