mer-oughin-35352
4 min de lecture

**L’évêque Gevorg Saroyan, primat du diocèse de Massiatsotn, a défendu le rapport gouvernemental pointant des dysfonctionnements au sein de l’Église apostolique arménienne, évoquant scandales sexuels étouffés, listes de surveillance internes et instrumentalisation politique de l’institution religieuse. Selon lui, ces révélations ne visent pas l’Église mais appellent au rétablissement de l’ordre ecclésiastique et au respect de son indépendance face aux pressions politiques et étrangères.**

L’évêque Gevorg Saroyan, primat du diocèse de Massiatsotn, a estimé dans un entretien avec Petros Ghazarian que le rapport publié par le gouvernement arménien, qui met en lumière une crise systémique au sein de l’Église apostolique arménienne, est un document rédigé de bonne foi. Selon lui, ce rapport reprend notamment des informations déjà relayées par des médias proches de l’Église et contient des faits et des éléments non réfutés, que ceux qui en contestent l’authenticité peuvent attaquer en justice ou démentir officiellement. Il s’est notamment référé aux informations concernant l’expulsion d’Allemagne du dirigeant de fait de l’Église, estimant qu’une histoire plus vaste se cache derrière cette affaire.

L’évêque a affirmé que de nombreuses informations circulant au sein de l’Église auraient été transmises à la presse par des membres du clergé eux-mêmes, citant notamment un rôle central joué selon lui par l’archevêque Archak Khatchatrian, qu’il accuse d’avoir diffusé via les médias des documents concernant la famille du catholicos. Il s’est dit prêt à détailler davantage, si nécessaire, comment ces informations seraient parvenues au public. Il a également évoqué le cas d’un groupe de personnes envoyées aux États-Unis en étant présentées comme des religieux, affirmant que les circonstances de cette affaire étaient connues de la hiérarchie ecclésiastique sans que les responsables aient été sanctionnés, et a appelé les journalistes à enquêter sur ce dossier.

Concernant les vidéos de scandale impliquant l’archevêque Khatchatrian, Mgr Saroyan a déclaré que, selon ses informations, trois expertises commandées par le Saint-Siège d’Etchmiadzin auraient confirmé sa présence dans ces vidéos. Il s’est interrogé sur les raisons de la non-publication de ces résultats et a jugé nécessaire de rendre publics tous les documents disponibles, se disant prêt à défendre juridiquement ses propos s’ils étaient contestés. Il a par ailleurs évoqué des scandales à caractère sexuel, des accusations de violences et leur possible dissimulation, estimant que l’inaction face à de tels cas contredit la mission morale et canonique de l’Église.

L’évêque a assuré que lui-même et ses partisans, en dénonçant ces problèmes, ne luttaient pas contre l’Église mais cherchaient au contraire à rétablir l’ordre ecclésiastique. Il a jugé que l’intervention de l’État, lorsque les instances internes de l’Église ne fonctionnent pas et que d’éventuelles violations des droits humains restent sans examen approprié, ne saurait être considérée en soi comme un acte hostile à l’Église. Il a également dénoncé, selon ses termes, des pratiques de pression et de fichage visant différents groupes et individus au sein de l’Église, évoquant l’établissement de listes de clercs, diacres et moines dont les contacts et déclarations publiques seraient surveillés, comparant ce climat aux méthodes de contrôle de l’époque soviétique.

Sur les relations entre l’Église et la politique, Mgr Saroyan a affirmé que l’Église apostolique arménienne serait devenue, selon son appréciation, un instrument aux mains de forces politiques d’opposition et de cercles poursuivant des intérêts étrangers, citant en exemple le mouvement « Sainte Lutte ». Il a précisé que lors d’une discussion réunissant 24 évêques, 20 d’entre eux s’étaient opposés à la politisation de ce mouvement, position qui n’aurait cependant pas été maintenue par la suite. Il a jugé inacceptable l’implication de l’Église dans une lutte politique contre le pouvoir étatique et a critiqué les déclarations de certains représentants ecclésiastiques minimisant l’indépendance et l’État arméniens, estimant qu’un tel discours contredit la mission historique de l’Église.

Source : Mer Oughin