Interrogé par 1inTV, le politologue Samvel Meliksetian, expert du Conseil arménien, estime que les désaccords entre la Turquie et l’Azerbaïdjan tiennent à une divergence progressive de leurs intérêts, sans pour autant annoncer un conflit inévitable. Selon lui, l’Arménie ne doit pas être entraînée dans ces contradictions et doit se guider sur ses seuls intérêts, tout en poursuivant la normalisation avec Ankara et Bakou.
Selon le politologue Samvel Melikssetian, expert du Conseil arménien, interrogé par 1inTV, les divergences entre la Turquie et l’Azerbaïdjan tiennent à une différenciation progressive de leurs intérêts. Il a estimé que, dans le champ politique et médiatique azerbaïdjanais, l’Arménie occupe toujours une place centrale, surtout comme image de l’ennemi et comme principale menace, et que la question arménienne pèse dans la formation de l’identité politique azerbaïdjanaise. Même les discussions historiographiques et de propagande sur l’Albanie du Caucase touchent, selon lui, directement ou indirectement les Arméniens et leur patrimoine. La Turquie, en revanche, a des intérêts de politique étrangère bien plus larges, qui ne se limitent pas au Caucase du Sud.
Selon lui, la Turquie dispose de traditions de politique étrangère institutionnalisées. Les relations avec l’Arménie ont historiquement posé problème à Ankara, notamment à cause du processus de reconnaissance internationale du génocide arménien, mais la situation géopolitique actuelle ouvre de nouvelles possibilités. Après la guerre de 2020 et les événements de 2023 au Haut-Karabakh, Ankara a pu consolider ses positions dans le Caucase du Sud et étendre son influence en Asie centrale. Pour y parvenir, a-t-il dit, elle ne peut pas se guider uniquement sur les intérêts de Bakou, et la normalisation avec l’Arménie pourrait devenir un moyen important de renforcer ses positions.
Samvel Melikssetian a rappelé qu’en septembre 2023, après l’opération militaire azerbaïdjanaise au Haut-Karabakh et le déplacement forcé de la population arménienne, les présidents turc et azerbaïdjanais se sont rencontrés au Nakhitchevan. Recep Tayyip Erdogan y avait évoqué la possibilité d’une nouvelle phase de paix dans la région. D’après l’expert, les déclarations ultérieures d’Ankara montraient aussi que la Turquie souhaite améliorer ses relations avec l’Arménie. Il a ajouté qu’un mécontentement s’est accumulé pendant des années dans les milieux diplomatiques et d’experts turcs envers la position de l’Azerbaïdjan : lorsqu’une avancée devient possible dans les relations arméno-turques, l’ingérence de Bakou freine souvent le processus et les parties reviennent à la situation antérieure. Selon lui, une partie des experts turcs souligne ouvertement qu’Ankara a laissé à l’Azerbaïdjan un certain délai pour régler ses relations avec l’Arménie, mais que cette situation ne peut durer indéfiniment.
Le politologue a toutefois mis en garde contre l’idée de voir automatiquement dans ces désaccords le début d’un conflit inévitable entre les deux pays. Il a jugé irréaliste le scénario d’un changement complet de politique de la Turquie, d’une rupture avec Bakou et d’une Arménie devenue principal partenaire régional d’Ankara. Il lui paraît plus réaliste de parler d’une différenciation graduelle des intérêts et d’une évolution du modèle antérieur, fondé sur des intérêts mutuels : soutien turc à l’Azerbaïdjan, d’un côté, et appui précieux pour l’influence turque dans le Caucase du Sud, de l’autre. Cette interdépendance pourrait changer dans le nouveau contexte géopolitique. Il a aussi relevé une différence sur le Moyen-Orient : face à la position ferme de la Turquie, l’Azerbaïdjan maintient des relations étroites avec Israël, ce qui, selon lui, comme les désaccords sur la normalisation arméno-turque, contribue à accroître les tensions.
Samvel Melikssetian a estimé que l’Arménie ne doit pas se laisser entraîner dans d’éventuelles contradictions turco-azerbaïdjanaises. Selon lui, Erevan doit se guider avec constance sur ses propres intérêts tout en faisant avancer la normalisation avec la Turquie et avec l’Azerbaïdjan. Il a jugé avantageux pour l’Arménie d’obtenir l’ouverture de la frontière et l’établissement de relations diplomatiques avec la Turquie, ainsi que le rétablissement des communications, le développement des liens commerciaux et économiques et des progrès dans la normalisation avec l’Azerbaïdjan. Pour cela, a-t-il dit, Erevan doit poursuivre un travail diplomatique actif et tirer le meilleur parti de la situation.
Sur le plan international, l’expert a affirmé que la présence des États-Unis et la coopération arméno-américaine sont stables et ne dépendent pas d’éventuels changements de politique intérieure. Il a également souligné que l’Arménie doit mener une politique équilibrée et constructive, sans se laisser entraîner dans les contradictions entre d’autres pays. Le texte fourni s’interrompt au moment où il aborde les développements en Asie centrale et l’activation des États-Unis dans la région, dont il évoque l’importance géopolitique à long terme.
Source : Mer Oughin

