discours du premier ministre pour la commémoration du génocide arménien.-9
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Par Jacques Raffy PAPAZIAN

Le député arménien Arman Yeghoyan a récemment posé une question simple depuis la tribune de l’Assemblée nationale : au nom de combien d’Arméniens parlent réellement Mourad Papazian, Kaspar Karampetian et Aram Hamparian ?

Mourad Papazian lui répond aujourd’hui dans une longue tribune intitulée « Affaiblir la diaspora, pour le régime de Pachinian, c’est affaiblir l’Arménie ». Il y défend la légitimité historique des structures traditionnelles de la diaspora et accuse le gouvernement arménien de chercher à les marginaliser.

Mais ce n’est pas la question posée par Yeghoyan.

Mourad Papazian écrit lui-même : « Nous n’avons jamais prétendu parler au nom de tous les Arméniens. » Prenons-le au mot. Car c’est précisément là que commence le véritable débat : quelle représentativité réelle peuvent revendiquer les organisations au nom desquelles lui et ses camarades interviennent auprès des gouvernements, des parlementaires et des institutions étrangères ?

Personne ne conteste leur droit de militer, de critiquer Nikol Pachinian ou de défendre leurs convictions. Mais l’histoire, l’engagement et les services qu’ils revendiquent peuvent, au mieux, fonder une légitimité militante ; ils ne donnent aucun mandat pour représenter la diaspora arménienne.

Mourad Papazian est d’ailleurs trahi par le titre même de sa tribune : en présentant la remise en cause de sa propre représentativité comme un « affaiblissement de la diaspora », il finit précisément par se confondre avec cette diaspora qu’il affirme pourtant ne pas prétendre représenter.

Et sur ce point, Yeghoyan a raison.

Mourad Papazian représente à peine 200 Dachnaks en Europe et 0,12 % des Franco-Arméniens, notamment à travers le CCAF, organisation dont il est coprésident aux côtés de son propre cousin. Une structure qui occupe une place importante dans le dialogue institutionnel français alors que sa direction et sa base militante représentent une fraction extrêmement réduite de la population franco-arménienne.

Kaspar Karampetian ? À peine 40 Dachnaks en Belgique. Quant à Aram Hamparian, mes amis américains sauront nous dire combien il pèse réellement, mais il doit lui aussi tourner autour de 0,1 % des Arméniens des États-Unis.

Voilà le cœur du problème.

Mourad Papazian répond à une question sur la représentativité par un siècle d’histoire de la diaspora. Mais personne ne lui demande un cours d’histoire. La question porte sur aujourd’hui : qui représente-t-il réellement et combien d’Arméniens lui ont donné mandat pour parler en leur nom ?

L’histoire donne un héritage. Elle ne donne pas un mandat éternel.

Mourad Papazian inverse donc le débat lorsqu’il présente la contestation de cette représentativité comme une volonté d’affaiblir la diaspora. Personne ne demande d’affaiblir la diaspora. Nous demandons au contraire de la libérer du monopole politique d’organisations qui confondent depuis trop longtemps leur propre influence avec celle de millions d’Arméniens.

Contester la représentativité de la FRA ou du CCAF, ce n’est pas attaquer la diaspora. C’est rappeler une évidence : la diaspora est infiniment plus grande qu’eux.

La vraie diaspora aime l’Arménie, voyage en Arménie, y dépense son argent, participe à son économie et défend les intérêts de l’Arménie auprès de ses élus. Elle ne fait pas jeter des œufs sur un convoi officiel du gouvernement arménien pour ensuite venir pleurer lorsqu’elle doit en assumer les conséquences.

Pendant des décennies, certains ont bâti leur carrière, leur influence et leur pouvoir sur le dos des Arméniens, tout en s’arrogeant le droit de parler en leur nom. La diaspora n’appartient ni à la FRA, ni au CCAF, ni à cette poignée d’apparatchiks qui se présentent comme des interlocuteurs incontournables du monde arménien sans avoir reçu de mandat de l’ensemble de la diaspora.

Mourad Papazian insiste également sur son opposition à Nikol Pachinian et présente les attaques contre les structures traditionnelles comme une tentative de « mise au pas » de la diaspora.

Mais critiquer leur représentativité n’est pas demander leur silence.

Qu’ils parlent. Qu’ils militent. Qu’ils combattent Pachinian s’ils le souhaitent. Qu’ils défendent leurs idées. C’est leur droit absolu. Mais qu’ils le fassent en leur nom et au nom de leurs organisations, pas avec une représentativité de fait qui dépasse très largement leur poids réel.

Et puisqu’il prétend dénoncer la « division », allons jusqu’au bout du raisonnement : si Mourad Papazian démissionnait, une grande partie de cette division disparaîtrait avec lui. Mais il ne le fera pas.

Le score d’environ 10 % obtenu en Arménie par l’alliance avec Robert Kotcharian donne pourtant une indication très concrète du poids politique réel de son camp dans le pays.

C’est précisément là que se situe le problème : ils prennent la diaspora en otage pour se donner un poids politique qu’ils n’ont ni en Arménie, ni dans la diaspora.

Quand les urnes ne leur donnent pas la représentativité qu’ils revendiquent en Arménie, ils cherchent à conserver à l’étranger une influence institutionnelle sans commune mesure avec leur poids numérique, en apparaissant auprès de nombreux responsables politiques comme les interlocuteurs naturels de la diaspora.

Mourad Papazian consacre également une grande partie de sa tribune aux succès historiques de la diaspora : reconnaissance du génocide, mobilisation française, Parlement européen, soutien à l’Artsakh, relations franco-arméniennes.

Mais ces combats appartiennent à des générations entières de militants, d’associations, d’Églises, d’intellectuels et de citoyens arméniens, pas à trois hommes ni à un seul parti politique. Personne ne peut transformer cet héritage collectif en titre de propriété politique sur la diaspora.

La reconnaissance du génocide arménien n’appartient pas à la FRA. L’amitié franco-arménienne n’appartient pas au CCAF. La défense de l’Artsakh n’appartient à aucun parti.

Ce patrimoine appartient à tous les Arméniens.

Pour la grande majorité des Arméniens, cette prise en otage de la diaspora par une poignée de responsables politiques et associatifs n’est plus acceptable. Ces organisations sont régulièrement présentées auprès des responsables politiques étrangers comme des interlocuteurs naturels de la diaspora arménienne, alors qu’elles n’en représentent qu’une fraction infime.

Nous appelons donc le gouvernement arménien à prendre des mesures concrètes et à clarifier officiellement la situation auprès des pays concernés, notamment par l’envoi de notes diplomatiques indiquant clairement que ces responsables ne représentent ni la République d’Arménie ni l’ensemble de la diaspora arménienne, et qu’ils ne constituent pas les interlocuteurs officiels de l’État arménien.

Une telle clarification ne leur retirerait aucun droit.

Ils conserveraient leur liberté de parole, leur liberté d’association, leur droit de rencontrer des parlementaires, de critiquer le gouvernement arménien et de défendre leur vision de l’avenir de l’Arménie.

Mais il deviendrait beaucoup plus difficile pour une poignée d’individus de bénéficier de l’ambiguïté entre influence associative et représentativité de la diaspora.

Voilà le véritable échec et mat : non pas leur retirer le droit de s’exprimer — qu’ils parlent autant qu’ils le souhaitent — mais mettre fin au monopole de représentation qu’ils se sont progressivement attribué.

Mourad Papazian écrit que « les gouvernements passent, la Nation demeure ».

C’est vrai. Mais les dirigeants associatifs passent eux aussi. Les partis passent. Les présidents passent. Les gouvernements passent.

La diaspora, elle, demeure.

Et elle n’appartient pas davantage à Mourad Papazian qu’à Nikol Pachinian.

Et ne nous y trompons pas : si les rôles étaient inversés et qu’ils disposaient de ce pouvoir, ils n’auraient pas hésité une seule seconde à l’utiliser.