discours du premier ministre pour la commémoration du génocide arménien.-8
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La Russie ne cache pas qu’elle considère l’Arménie comme faisant partie de sa sphère d’influence et tente, à travers les processus politiques actuels, de rétablir ce contrôle.

Arman Babajanyan

Le journaliste Petros Ghazaryan s’est entretenu avec Arman Babajanyan, président du parti « Au nom de la République ». Au cours de cet entretien, celui-ci a présenté l’objectif stratégique de sa formation politique : mener une « transformation de l’opposition » et constituer un nouveau pôle d’opposition appartenant réellement au peuple. Babajanyan critique sévèrement les figures actuelles de l’opposition, qu’il accuse de servir les intérêts russes et de représenter une menace pour l’État arménien.

L’un des thèmes centraux de l’interview est le réorientation de la politique étrangère arménienne vers l’Union européenne, présentée comme la seule voie fiable pour le développement économique et la diversification des garanties de sécurité. Babajanyan insiste sur l’impératif de restaurer pleinement la souveraineté du pays, appelant à surmonter l’influence russe et à développer des liens énergétiques et logistiques alternatifs avec l’Occident.

Les principaux points de l’entretien

  • Arman Babajanyan a précisé qu’il n’est pas candidat au poste de Premier ministre, mais qu’il dirige la liste de son mouvement politique.
  • Selon lui, la priorité de sa formation est de transformer l’opposition, qu’il juge aujourd’hui déconnectée du peuple arménien.
  • Il estime que depuis 2018, le peuple a pris en main le pouvoir politique, tandis que l’opposition est restée sous influence extérieure.
  • Il affirme que la Russie est aujourd’hui le principal soutien de l’opposition arménienne.

Babajanyan soutient qu’après l’échec de Moscou à reprendre le pouvoir en Arménie après les élections de 2021, la Russie aurait concentré son influence sur les forces d’opposition afin d’exercer une pression sur l’État arménien.

Concernant la déclaration du 9 novembre 2020, il affirme qu’elle a été rédigée personnellement par le président russe et estime que certaines de ses dispositions, notamment le point 9, auraient pu limiter la souveraineté de l’Arménie. Il considère également que plusieurs responsables politiques aujourd’hui dans l’opposition ont contribué aux conditions ayant conduit à la guerre des 44 jours.

Babajanyan a également évoqué l’ancien Défenseur des droits de l’homme, Arman Tatoyan, affirmant que celui-ci est lié aux mêmes cercles politiques et pourrait constituer un « candidat de réserve » de la Russie si d’autres projets politiques échouaient.

La Russie et la souveraineté arménienne

Selon Babajanyan, il est erroné de comparer l’influence de Vladimir Poutine à celle de Donald Trump. Il affirme que la Russie assume ouvertement considérer l’Arménie comme une zone d’influence et cherche à rétablir son contrôle à travers les processus politiques actuels.

Il reproche également aux partis d’opposition de ne jamais mettre en avant l’indépendance, la souveraineté ou la liberté nationale, privilégiant selon lui le changement de pouvoir à la consolidation de l’État.

Pressions économiques et dépendance

Babajanyan estime que les pressions économiques exercées par Moscou ne sont pas liées à des décisions ponctuelles du gouvernement arménien mais aux processus politiques internes et aux échéances électorales. Selon lui, l’objectif de ces mesures est d’influencer les élections.

Il critique également le maintien de la diffusion des chaînes de télévision publiques russes en Arménie, financées selon lui par les contribuables arméniens, et estime que leur activité devrait être réexaminée.

Concernant les difficultés d’exportation des produits agricoles, il accuse la Russie d’utiliser la dépendance économique comme un levier politique. Selon lui, l’Arménie ne doit pas échanger sa souveraineté contre la possibilité d’exporter des abricots, des fleurs ou d’autres produits.

Il considère que l’État doit indemniser les agriculteurs en cas de pertes et ouvrir rapidement de nouveaux débouchés commerciaux, en s’inspirant notamment des expériences de la Géorgie et de la Moldavie dans leurs relations commerciales privilégiées avec l’Union européenne.

Énergie et intégration européenne

Babajanyan appelle à diversifier les approvisionnements énergétiques de l’Arménie. Il évoque notamment la possibilité d’importer du gaz turkmène via l’Iran et estime qu’en cas de hausse des prix du gaz russe, Erevan devrait reconsidérer sa participation aux structures d’intégration dirigées par Moscou.

Il affirme que l’activité politique de Samvel Karapetyan, Robert Kotcharian et Gagik Tsarukyan vise principalement à préserver leurs intérêts économiques et politiques plutôt qu’à défendre l’intérêt national.

Selon lui, les dizaines de milliers de citoyens ayant soutenu la pétition en faveur d’une adhésion à l’Union européenne doivent voir ce processus se poursuivre jusqu’à l’ouverture de véritables négociations.

Babajanyan estime par ailleurs que la croissance économique actuelle de l’Arménie est principalement due à la réduction de la corruption et non à son appartenance à l’Union économique eurasienne (UEE), qui n’aurait pas apporté de perspectives durables de développement industriel ou agricole.

Prenant l’exemple de la Pologne, il souligne que l’adhésion à l’Union européenne a permis une forte croissance économique et estime que l’Arménie pourrait connaître une évolution similaire.

Sécurité et paix régionale

Babajanyan affirme que l’intégration européenne doit s’accompagner de profondes réformes institutionnelles et sectorielles.

Il estime également que les éventuelles pressions économiques russes étaient prévisibles et que l’État aurait dû mieux s’y préparer.

Concernant la sécurité, il considère que l’acquisition de nouveaux armements ne suffira pas à résoudre les problèmes fondamentaux tant que le conflit régional persistera. Selon lui, la Russie a intérêt au maintien du conflit arméno-azerbaïdjanais afin de préserver son influence dans le Caucase du Sud.

À ses yeux, une paix durable ne sera possible que si l’Arménie et ses voisins normalisent leurs relations sans l’intervention ou l’imposition de puissances extérieures.

Vision pour l’avenir

Babajanyan plaide pour :

  • la diversification du système énergétique ;
  • le renforcement du contrôle public sur les infrastructures gazières ;
  • la possibilité d’importer du gaz depuis plusieurs pays, dont le Kazakhstan et le Turkménistan ;
  • le développement des hautes technologies ;
  • des salaires plus élevés ;
  • l’investissement dans le capital humain plutôt que dans l’émigration économique.

Il rejette également les affirmations selon lesquelles des centaines de milliers d’Azerbaïdjanais pourraient revenir s’installer en Arménie, estimant que ce type de discours vise surtout à entretenir un climat de peur.

Selon lui, un éventuel retour au pouvoir de Robert Kotcharian pourrait être utilisé par l’Azerbaïdjan comme prétexte à de nouvelles tensions régionales.

Enfin, il insiste sur l’importance de l’indépendance énergétique, de la construction d’une nouvelle centrale nucléaire et du renforcement des partenariats stratégiques internationaux.

En conclusion, Arman Babajanyan estime que les citoyens arméniens doivent décider eux-mêmes de l’avenir du pays sans ingérence extérieure et que la défense des processus démocratiques constitue un élément essentiel de la sécurité nationale.