Selon Albert Grigorian, responsable de projets au Moyen-Orient, en Ukraine et en Asie centrale, l’Arménie doit exploiter sa position géographique non plus comme simple zone de transit mais comme véritable hub économique, transport, énergie, finance et technologie confondus. Il estime que l’établissement de la paix a transformé le climat d’investissement et que le pays doit désormais diversifier son économie et réduire sa dépendance envers la Russie, tout en évitant une rupture brutale des relations avec Moscou.
Selon Albert Grigorian, responsable du développement de projets au Moyen-Orient, en Ukraine et en Asie centrale, interrogé par 1inTV, l’Arménie devrait exploiter sa position géographique non pas comme un simple territoire de transit, mais comme un véritable pôle économique. Il estime que l’instauration de la paix a modifié l’environnement d’investissement, rendant désormais possible le développement non seulement des axes de transport, mais aussi des secteurs énergétique, financier et technologique.
M. Grigorian relie cette évolution au contexte politique, évoquant les accords conclus à Washington, qui auraient changé la situation en Arménie et rendu compréhensible la marche du pays vers une politique économique plus autonome et souveraine, une diversification économique et un rapprochement avec les marchés occidentaux. Il cite comme preuve l’avancement concret du projet TRIPP, avec la nomination d’un responsable de programme et l’annonce d’un financement américain, alors qu’il y a un an il ne s’agissait encore que d’hypothèses. Selon lui, c’est précisément ce processus qui inquiète la Russie, car la réalisation de TRIPP pourrait transformer toute la structure économique et logistique de la région.
Concernant les relations avec la Russie, Albert Grigorian a affirmé que l’Arménie n’était pas tenue d’obtenir l’autorisation de Moscou pour chaque décision. Il s’est interrogé sur le fait de savoir si la Russie avait tenu compte de l’avis arménien lorsque l’Azerbaïdjan avait été autorisé à mener des opérations militaires ayant conduit au départ des Arméniens du Haut-Karabakh. Selon lui, ce sont les citoyens arméniens eux-mêmes qui doivent décider de l’orientation future du pays.
Sur la question de la concession russe du chemin de fer, M. Grigorian a replacé le sujet dans un contexte historique et stratégique, rappelant que l’Empire russe avait utilisé les chemins de fer pour renforcer son contrôle dans le Caucase, notamment via un écartement des voies différent du standard occidental. Selon lui, l’enjeu actuel est de savoir selon quel standard sera construite la voie ferrée du projet TRIPP : si elle correspond aux normes occidentales, l’Arménie pourrait s’intégrer au réseau ferroviaire rapide reliant l’Occident à l’Asie centrale, ce qui pourrait, selon lui, mettre à terme le chemin de fer russe face à une concurrence croissante, le contraignant soit à investir massivement, soit à se retirer progressivement du marché. Pour cette raison, il juge le sort immédiat de la concession secondaire.
M. Grigorian a par ailleurs souligné que l’Arménie pourrait devenir un pôle de transit et de commerce de l’électricité, grâce à ses liens énergétiques avec l’Iran et la Géorgie, que des investissements européens pourraient renforcer, une logique valable également pour les infrastructures gazières. Selon lui, une future connexion des systèmes énergétiques arménien et turc pourrait considérablement accroître l’importance régionale de l’Arménie. Il a pris l’exemple de la Suisse, qui a su transformer ses contraintes géographiques en avantage économique en attirant des entreprises logistiques, financières, d’assurance et commerciales, estimant que l’Arménie devrait créer un environnement juridique, fiscal et économique similaire.
Enfin, Albert Grigorian a jugé que l’Arménie devait réduire progressivement sa dépendance au marché, aux ressources énergétiques et aux produits russes, sans pour autant rompre brutalement ses relations avec Moscou, la souveraineté du pays étant selon lui plus importante que la perte d’un marché ou d’un certain volume d’exportations. Il a appelé à ouvrir méthodiquement de nouveaux marchés et à soutenir concrètement les exportateurs arméniens, identifiant trois priorités pour les prochaines années : la réalisation du projet TRIPP, incluant chemin de fer, route, gazoducs, lignes électriques et infrastructures de communication, ainsi que le développement de l’axe Nord-Sud.
Source : Mer Oughin

