**Selon l’expert militaire Léonid Nersissian, chercheur à l’ApriArmenia, la montée en compétence du corps des officiers arméniens est un processus de long terme, freiné par des problèmes de ressources humaines liés à la société dans son ensemble et par des risques persistants de corruption dans les commissariats militaires.** Il estime toutefois que la numérisation, la diversification des voies d’approvisionnement en armement et la transition progressive vers une armée professionnelle pourraient, d’ici trois à cinq ans, permettre de réduire la durée du service militaire obligatoire à un an.
Selon l’expert militaire Leonid Nersissian, chercheur à « APRI Armenia », l’amélioration de la formation et du niveau des officiers dans l’armée arménienne est un processus de long terme. Il a expliqué que le système militaire est une structure de grande taille et qu’il n’est pas possible de pourvoir rapidement tous les postes en y intégrant des civils, raison pour laquelle les réformes doivent, selon lui, être envisagées sur le moyen et le long terme.
M. Nersissian a estimé que les problèmes constatés dans l’armée tiennent d’abord à la question des ressources humaines, mais que ce phénomène ne se limite pas à l’institution militaire : selon lui, la culture d’éducation et de relations existant dans la société se retrouve ensuite dans l’armée. Il a jugé que certains rapports de domination, d’humiliation et de relations malsaines observés dans les unités militaires ne peuvent être supprimés par le simple changement d’un responsable ou d’une structure, et qu’il faut traiter ce problème à la fois par des réformes militaires et par des processus éducatifs et sociétaux plus larges, sans attendre de résultats en une seule année.
Concernant les rassemblements d’entraînement, l’expert a considéré que le système actuel est plus organisé qu’auparavant, la participation étant désormais plus large qu’à l’époque où de nombreux citoyens cherchaient à s’y soustraire, même s’il reste selon lui des progrès à faire en matière d’efficacité. Il a suggéré qu’une plus grande partie des convocations de 25 jours soit consacrée à l’entraînement au combat, et une part plus réduite au service en première ligne. Sur les commissariats militaires, M. Nersissian a indiqué que les risques de corruption ne sont pas totalement éliminés, des affaires pénales étant régulièrement enregistrées, et a jugé que la numérisation maximale de ces structures permettrait de réduire les dépenses publiques, d’améliorer l’efficacité du travail et de diminuer les risques de corruption.
Interrogé sur les décès survenus dans l’armée en dehors de tout contexte de combat, l’expert a jugé que leur élimination totale est presque impossible compte tenu du nombre de dizaines de milliers de militaires concernés, tout en estimant que l’objectif doit être de réduire cet indicateur au minimum pour se rapprocher du niveau des meilleures armées. Il a rappelé que de tels cas ont existé par le passé et que les statistiques récentes seules ne permettent pas d’évaluer pleinement la tendance. Selon lui, il faudra continuer à améliorer la qualité du corps des officiers, agir sur le milieu scolaire et social à long terme, et rapprocher progressivement l’armée d’un modèle professionnel ; il a estimé possible, à titre personnel et non comme prévision officielle, de réduire la durée du service obligatoire à un an dans un horizon de trois à cinq ans, parallèlement à l’augmentation du nombre de militaires sous contrat, tout en précisant que le service obligatoire ne disparaîtra pas totalement en Arménie avant dix à quinze ans, une réserve entraînée restant nécessaire.
Sur les questions d’approvisionnement en armements et de logistique, M. Nersissian a estimé que la géographie de l’Arménie constitue un facteur limitant, sans pour autant rendre impossible l’acheminement d’armes en cas de guerre ou de crise, rappelant que ces dernières années des armements en provenance de différents pays sont arrivés en Arménie par diverses voies. L’Iran et la Géorgie demeurent, selon lui, les principaux axes terrestres pour l’Arménie, et si les livraisons peuvent y être plus longues que pour des pays ayant un accès maritime, il a jugé excessivement pessimiste l’idée que l’Arménie pourrait, dans quelque situation que ce soit, être totalement privée de la possibilité d’importer des armements.
Au sujet de l’accord de défense entre la Turquie, le Pakistan et l’Arabie saoudite, l’expert a estimé que l’Arménie doit en tenir compte, la Turquie étant un voisin immédiat, tout en jugeant plus important de suivre si l’Azerbaïdjan rejoindra ce format, ce qui pourrait selon lui offrir à Bakou des possibilités supplémentaires d’approfondir ses relations avec l’Arabie saoudite. Évoquant la situation sécuritaire de l’Arménie un an après le processus de Washington, il a indiqué que l’Arménie s’est déjà considérablement rapprochée de la phase initiale de mise en œuvre physique du projet « TRIPP », avec des progrès significatifs sur le plan documentaire et la création de bases financières pour lancer le processus.
Source : Mer Oughin

