**Dans une tribune, le député Vahram Atanesyan estime que l’usage par un parlementaire du mot « maudit » à l’égard des autorités s’explique par le poids historique de la « crainte sacrée » envers l’Église arménienne. S’appuyant sur les écrits de l’historien Leo, il rappelle que le clergé arménien a longtemps imposé la théocratie et exercé une influence déterminante sur la diplomatie et la conscience politique du pays, une expérience qu’il juge aujourd’hui inapplicable et à rejeter.**
Dans une tribune, l’ancien député Vahram Atanessian estime que lorsqu’un député de l’Assemblée nationale qualifie les autorités de « maudites », il ne faut pas s’en étonner, car sa personnalité s’est formée dans un environnement où était prêchée une « crainte sacrée » envers l’Église.
L’auteur cite l’historien Léo, qui écrivait dans son ouvrage ‘Épisodes de l’histoire de la diplomatie ecclésiastique arménienne’ (1934) que le clergé arménien n’a cessé d’exiger du peuple arménien tous les sacrifices possibles pour préserver le christianisme grégorien, faisant de cette politique un principe hérité de Grégoire l’Illuminateur lui-même et appliqué autant dans les affaires intérieures que dans la diplomatie extérieure.
Selon Vahram Atanessian, Léo, dans un autre texte publié à Tiflis, avait par ailleurs sévèrement critiqué la Russie tsariste et l’Église apostolique arménienne au sujet de la participation des régiments de volontaires arméniens à la Première Guerre mondiale. L’auteur rappelle également que Léo attribuait au catholicos Nersès le Grand l’ambition de créer une sorte de « lamaïsme » dans la vallée de l’Araxe, c’est-à-dire un pouvoir théocratique, ce qui expliquerait le conflit avec le trône arsacide, conflit dont Vahram Atanessian souligne qu’il a coïncidé avec le morcellement de l’Arménie à la fin du IVe siècle puis la perte de son indépendance politique.
Vahram Atanessian relève que l’influence de l’Église sur la conscience politique et publique arménienne a été si forte que ces événements n’ont même pas été reflétés dans la littérature, et que Nersès le Grand est presque officiellement canonisé, tandis que le roi Arshak et son fils Pap sont qualifiés de « maudits ».
L’auteur fait le lien avec Stepanakert, ville où le député en question est né et a grandi, où les comptes rendus officiels de cérémonies mentionnaient systématiquement la présence du président du Karabakh Bako Sahakian aux côtés de l’archevêque Parguev Martirossian, chef du diocèse du Karabakh de l’Église apostolique arménienne.
Vahram Atanessian conclut que ce modèle de « pouvoir théocratique » ou ce précédent d’auto-organisation nationale n’est pas applicable au cas de l’Arménie et doit être fermement rejeté, car il n’a pas sa place dans le monde contemporain, la préservation de l’identité n’impliquant pas de nier l’identité d’autrui ni d’être en confrontation avec elle.
Source : Mer Oughin

