**Un article publié sur 1in.am accuse le discours politique russe de vouloir inverser l’ordre chronologique des événements de 2022, en présentant la rencontre de Prague du 6 octobre comme une cause des opérations militaires azerbaïdjanaises lancées contre l’Arménie dès le 13 septembre.** Selon l’auteur, cette manipulation de la causalité s’inscrit dans une tradition de réécriture historique héritée de l’historiographie soviétique, et il appelle les acteurs politiques arméniens, quelle que soit leur orientation, à défendre les faits et la chronologie propres à l’Arménie plutôt que d’adopter des récits venus de l’étranger.
L’article, publié par 1in.am, dénonce ce qu’il présente comme une tentative de réécriture chronologique des événements de 2022 dans le discours politique russe. L’auteur rappelle que l’Azerbaïdjan a lancé le 13 septembre 2022 des opérations militaires de grande ampleur contre le territoire souverain de l’Arménie, notamment dans la région de Djermouk, et que la rencontre de Prague entre Charles Michel, Emmanuel Macron, Nikol Pachinian et Ilham Aliev n’a eu lieu que le 6 octobre suivant, soit 23 jours plus tard.
Selon l’auteur, une partie du discours politique russe tente aujourd’hui de présenter cette rencontre de Prague, postérieure aux faits, comme l’une des causes des opérations militaires qui l’ont pourtant précédée. Il estime que cette inversion de la chronologie n’est ni une opinion ni une position géopolitique, mais une falsification du calendrier lui-même.
L’auteur inscrit cette méthode dans une tradition qu’il attribue à l’historiographie soviétique, qui présentait selon lui l’annexion des pays baltes comme une « adhésion volontaire » et l’entrée des troupes en Hongrie et en Tchécoslovaquie comme une protection contre une menace extérieure. Il affirme que la propagande russe contemporaine hériterait de cette tradition en ne niant pas les faits, mais en modifiant le récit et le lien de cause à effet dans lequel ils s’inscrivent.
L’auteur avance que Moscou aurait intérêt à expliquer pourquoi l’ancien système de sécurité de l’Arménie n’a pas fonctionné et pourquoi l’Organisation du traité de sécurité collective n’a pas joué le rôle attendu à Erevan. Il juge cependant problématique qu’une partie de la classe politique arménienne reprenne cette interprétation russe à l’encontre des faits établis par son propre pays, y voyant un enjeu qui dépasse le clivage pro-russe/pro-occidental pour toucher à l’identité politique de l’État.
Pour l’auteur, quelles que soient les divergences politiques internes légitimes en Arménie, un socle minimal devrait exister : les faits arméniens ne peuvent être subordonnés aux exigences politiques d’un centre extérieur. Il appelle les responsables politiques arméniens à défendre cette chronologie – le 13 septembre avant le 6 octobre – non par loyauté envers Pachinian ou le pouvoir, mais comme un fait national.
L’auteur conclut que la souveraineté informationnelle est un enjeu aussi réel que la souveraineté territoriale pour un petit État, et que le fait de reprendre des thèses russes ou de s’y opposer systématiquement par principe relèvent tous deux d’une même dérive. Selon lui, la transformation la plus importante pour l’Arménie ne consisterait donc pas seulement à changer d’orientation extérieure, mais à penser le pays selon sa propre logique étatique plutôt qu’à travers le vocabulaire géopolitique d’autres capitales.
Source : Mer Oughin

