Selon Aram Sarkissian, président du parti « République », les années de gouvernance de Robert Kotcharian ont fait de l’Arménie un instrument de la Russie, et la force politique « Arménie Forte » de Samvel Karapetian agirait comme une antenne du parti russe « Russie unie ». Il estime que la mission principale du pouvoir actuel doit être de rétablir des élections justes et de diversifier la politique étrangère vers l’Europe et l’Occident.
Dans un entretien accordé à CIVIC.news, le président du parti « République », Aram Sargsyan, a affirmé que les années de gouvernance de Robert Kotcharian avaient transformé l’Arménie en exécutant des volontés de la Russie, ce qui aurait entraîné une perte de souveraineté. Selon lui, Moscou aurait cherché, en instrumentalisant la question du Haut-Karabakh, à imposer à l’Arménie un statut « d’État de l’Union ». Il a estimé que la mission principale du pouvoir actuel devait être le rétablissement d’élections justes et la diversification de la politique étrangère, notamment vers l’Europe et l’Occident.
Évoquant les poursuites pénales et l’arrestation de Robert Kotcharian, ainsi que la réaction de Moscou à cet égard, Aram Sargsyan a jugé que Vladimir Poutine aurait presque pu décerner à Kotcharian une médaille de héros de Russie, considérant que ses services rendus à la Fédération de Russie seraient, selon lui, bien supérieurs à ceux de la plupart des héros russes. Il a cité en exemple la concession de gestion du chemin de fer et le transfert du gazoduc dans le cadre d’un accord « biens contre dettes », ainsi que la politique menée envers l’Arménie durant les années Kotcharian. Il a ajouté que l’arrestation de ce dernier montrerait que les assurances données auparavant par Moscou n’auraient plus aucune valeur.
S’agissant de Samvel Karapetian, Aram Sargsyan a estimé que la force politique « Arménie Forte » serait de fait une antenne du parti russe « Russie Unie » en Arménie, agissant au service des intérêts russes pour combler le vide politique laissé par l’épuisement du potentiel de Kotcharian. Il a rappelé avoir déjà attiré l’attention, à l’époque du mouvement « Arménie Forte », sur le financement de cette structure, qui aurait échappé, selon lui, aux mécanismes de reddition de comptes applicables aux partis. Il a jugé que cette lacune législative aurait permis l’entrée en politique de fonds étrangers, ce qui remettrait sérieusement en cause, à ses yeux, la tenue d’élections pleinement libres et équitables. Il a également relevé que Karapetian fait aujourd’hui l’objet, entre autres, d’une accusation de blanchiment d’argent, et a rappelé que Nikol Pachinian avait lui-même évoqué à plusieurs reprises des problèmes liés à Karapetian.
Selon Aram Sargsyan, la réaction des autorités russes face à Kotcharian et Karapetian s’expliquerait aussi par un net recul de l’influence politique de la Russie sur la vie intérieure arménienne, rendant difficile toute ingérence ouverte d’une puissance étrangère sans s’exposer elle-même. Il a estimé que la mise en cause pénale d’un ancien dirigeant peut être perçue par d’autres dirigeants, notamment autoritaires, comme un précédent susceptible de se reproduire chez eux en cas d’alternance démocratique.
Revenant sur les premières poursuites contre Kotcharian, Aram Sargsyan a estimé qu’il aurait été préférable de le poursuivre d’abord pour des faits de nature économique plutôt que politique, ce qui aurait, selon lui, limité les possibilités d’ingérence extérieure. Il a jugé que le pouvoir actuel, qu’il décrit comme luttant contre un « monstre à trois têtes », devait rester cohérent avec ses promesses politiques, l’objectif essentiel étant le rétablissement d’élections justes. Il a estimé que si les procédures judiciaires en cours aboutissaient à des condamnations légales et fondées, le pouvoir devrait alors organiser des élections anticipées avant le prochain scrutin d’Erevan, afin de restaurer la confiance publique, sans que la démarche soit présentée comme une vengeance politique.
Aram Sargsyan a conclu que si les tentatives d’accession au pouvoir en Arménie au service d’intérêts étrangers, russes ou autres, venaient à être contrecarrées, cela pourrait constituer un précédent important pour le renforcement de la souveraineté du pays.
Source : Mer Oughin

