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Selon l’analyste politique Boris Navasardyan, la crise croissante des relations arméno-russes s’accompagne, pour l’Arménie, de l’ouverture d’opportunités inédites vers l’Europe et l’Asie centrale, susceptibles de réduire sa dépendance vis-à-vis de Moscou. Il a toutefois estimé qu’une éventuelle perte du marché russe ne pourrait être compensée en un ou deux mois et entraînerait certaines difficultés pour le pays.

Selon l’analyste politique Boris Navasardyan, interrogé par 1inTV, la Russie cherche à préserver son influence sur l’Arménie et la région en s’appuyant sur plusieurs leviers. Il a indiqué que le principal espoir de Moscou reposait sur les processus électoraux arméniens, avant et après le scrutin, mais que ces tentatives ne semblent pas donner les résultats escomptés. Selon lui, Moscou continue de miser sur les élections locales, mais ces perspectives s’amenuisent progressivement, la politique jugée ferme des autorités arméniennes limitant les chances de succès des forces d’opposition.

L’analyste a également évoqué la question de la base militaire russe, estimant qu’elle n’a en pratique guère d’importance pour la sécurité de l’Arménie, tout en restant un sujet sensible pour une partie de la société. Il a par ailleurs souligné que la Russie insiste sur les dossiers économiques, énergétiques et sur la participation arménienne à l’Union économique eurasiatique (UEEA), dans le but, selon lui, de provoquer des tensions informationnelles, idéologiques et politiques susceptibles d’entraver les projets du gouvernement arménien. D’après lui, d’éventuelles négociations à Moscou devraient être mises à profit par Erevan pour faire évoluer la nature des relations arméno-russes, en les faisant passer d’un format d’unions à un format bilatéral, un chantier qu’il juge urgent depuis longtemps.

Concernant le dossier ferroviaire, Boris Navasardyan y voit une démarche russe relevant davantage de la tactique que de la stratégie, Moscou cherchant selon lui à freiner autant que possible les projets de communications régionales, notamment ceux liés au « carrefour de la paix » et au corridor médian. Il a estimé que la Russie perçoit ces projets comme une menace pour son influence dans le Caucase du Sud, et qu’ils pourraient aussi modifier ses relations avec la Chine et l’Iran, en rendant Pékin plus indépendant de Moscou, alors même que la dépendance russe envers la Chine est déjà, selon lui, manifeste faute de marché alternatif pour ses ressources énergétiques.

L’analyste a affirmé que la Russie exerce diverses pressions sur les autorités arméniennes pour ralentir le corridor médian et l’implication de l’Arménie dans ces processus, sans obtenir pour l’instant les résultats escomptés par Moscou. Il a toutefois précisé que les difficultés de l’Arménie ne disparaissent pas pour autant, une sortie de l’UEEA ou une modification des mécanismes économiques de cette structure ne constituant pas, selon lui, un processus aisé.

Évoquant la proposition de l’Union européenne, Boris Navasardyan a jugé que le délai accordé à l’Arménie doit être utilisé pour pleinement exploiter les conditions favorables offertes aux produits arméniens sur le marché européen, ce qui suppose une amélioration de leur qualité et la création d’une demande. Il a rappelé qu’il y a plus d’une décennie, la balance commerciale entre l’Arménie et l’UE était plus favorable, avant de basculer nettement en faveur de la Russie après le choix arménien de rejoindre l’Union eurasiatique. Selon lui, une opportunité similaire, offerte par l’accord CEPA et le régime SGP+, n’avait pas non plus été pleinement saisie, et l’Arménie dispose désormais d’une troisième chance que gouvernement et secteur privé doivent s’efforcer d’exploiter efficacement.

Source : Mer Oughin