Dans une tribune, l’analyste Vahram Atanessian revient sur les propos du politologue israélien Avigdor Eskin, selon qui le litige autour du « Jardin des vaches » à Jérusalem – un terrain loué par le Patriarcat arménien puis résilié par ce dernier, désormais devant la justice – est présenté à tort dans les médias arméniens comme une tentative des autorités israéliennes d’effacer la présence arménienne. Selon l’auteur, cette perception alimente l’idée selon laquelle Israël et la Turquie seraient « également ennemis » de l’Arménie, alors qu’Eskin y voit plutôt un calcul politique froid, Erevan ayant privilégié l’Iran quand Israël a choisi de coopérer avec l’Azerbaïdjan.
Dans une nouvelle contribution publiée sur le sujet du « cheminement politique du génocide arménien », l’analyste Vahram Athanessian revient sur un entretien du politologue israélien Avigdor Eskin, consacré principalement aux relations entre l’Arménie et Israël. Selon l’auteur, ce document mérite une lecture attentive tant son contexte analytique est dense.
Évoquant la présence arménienne à Jérusalem, Avigdor Eskin aurait affirmé que les auteurs des publications sur l’affaire dite du « Jardin des vaches » omettent de rappeler que ce terrain avait été cédé sous contrat de location, que le patriarcat arménien a ensuite décidé de rompre cet accord, et que l’affaire est aujourd’hui en cours d’examen judiciaire.
Vahram Athanessian relève qu’en Arménie prévaut plutôt l’idée selon laquelle « les autorités israéliennes chercheraient à faire disparaître la présence arménienne à Jérusalem ». Il note que la presse et les réseaux sociaux publient régulièrement des contenus dans lesquels des habitants arméniens de Jérusalem appellent à « défendre jusqu’au bout le patrimoine national ». Selon l’auteur, cette rhétorique renforce une opinion déjà peu favorable à Israël au sein de l’opinion publique arménienne, consolidant l’idée que « Israël et la Turquie seraient également ennemis de l’Arménie et du peuple arménien ».
L’auteur rapporte également les propos d’Avigdor Eskin selon lesquels, si l’Arménie a privilégié la coopération avec l’Iran, Israël a de son côté choisi le partenariat avec l’Azerbaïdjan, ce que le politologue israélien qualifierait de calcul politique froid. Vahram Athanessian souligne toutefois que cette coopération israélo-azerbaïdjanaise a été largement favorisée par la « communauté azerbaïdjanaise » d’Israël, composée de représentants des quelque vingt mille juifs venus de Bakou vers Israël dans les années 1990.
L’auteur indique que le nombre d’Arméniens résidant en Israël n’est pas connu, mais que le patriarcat arménien de Jérusalem constitue une présence institutionnelle susceptible de favoriser les relations entre l’Arménie et Israël. Il constate néanmoins que l’affaire du « Jardin des vaches », loin de faciliter ce dialogue, y introduit de nouveaux obstacles. Vahram Athanessian suggère enfin que le problème principal pourrait résider dans le fait que les Arméniens ne reconnaissent pas la communauté arménienne d’Israël comme faisant partie de la diaspora.
Source : Mer Oughin

