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Selon Iouri Movsessian, coordinateur de programmes à la fondation Restart, il n’existe actuellement aucun fondement à des déclarations sur un déclenchement d’opérations militaires entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan, la situation relevant plutôt d’une « guerre des narratifs » que Bakou chercherait à utiliser pour freiner le processus de paix. Il estime que la réponse de l’Arménie doit rester mesurée et constructive, tout en défendant fermement les questions liées à l’identité et au patrimoine culturel arméniens.

Dans un entretien accordé à Noyan Tapan TV, Iouri Movsessian, coordinateur des programmes de la fondation Restart, a analysé la situation géopolitique complexe entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan, estimant que Bakou cherche à torpiller le processus de paix afin de priver la partie arménienne des bénéfices économiques et sécuritaires qui pourraient en découler. Selon lui, Erevan doit éviter les provocations et bâtir une nouvelle architecture de sécurité fondée sur sa propre résilience et sur des agendas stratégiques mutuellement avantageux avec ses partenaires occidentaux.

Selon Iouri Movsessian, après le 8 août 2025, deux visions extrêmes se sont formées en Arménie concernant le processus de paix : l’une considérant qu’une paix définitive était établie sans aucun risque de tension, l’autre y voyant une nouvelle capitulation qui ne garantirait pas la paix. Il a estimé que les accords du 8 août ont en réalité offert à l’Arménie des perspectives théoriques pour construire une nouvelle architecture de sécurité, l’ancien système ayant cessé de fonctionner après 2020 et 2023. Il a précisé que cette architecture ne se limite pas à l’armée ou à la composante militaire, mais peut inclure des facteurs économiques, des communications régionales et une interconnexion accrue, l’Azerbaïdjan comprenant, selon lui, que l’ouverture des routes régionales, la mise en œuvre du projet TRIPP et de nouveaux liens économiques pourraient profiter davantage à l’Arménie, ce qui pousserait Bakou à retarder périodiquement le processus.

D’après Iouri Movsessian, l’Arménie ne doit pas chercher à répondre plus durement à chaque déclaration azerbaïdjanaise, mais rester engagée dans le processus tout en travaillant avec des pays tiers comme les États-Unis, l’Union européenne et la Turquie. Il a jugé que même sans signature d’un accord de paix, des résultats tangibles restent possibles concernant le déblocage des communications, le développement des liens économiques bilatéraux et le rétablissement des liaisons ferroviaires. Il a par ailleurs souligné le caractère asymétrique des relations arméno-azerbaïdjanaises depuis 2020, Bakou ayant renforcé son poids après le nettoyage ethnique survenu au Haut-Karabakh, sans que la communauté internationale ait pu l’empêcher, rappelant qu’entre 2022 et 2023 l’Arménie avait espéré l’aide de divers acteurs internationaux, chacun agissant selon ses propres intérêts.

Selon Iouri Movsessian, la coopération avec les pays tiers doit reposer sur des intérêts et agendas réciproques plutôt que sur l’attente qu’un pays vienne « sauver » l’Arménie, tout en jugeant nécessaire de maintenir à l’agenda international les questions humanitaires, le retour des prisonniers de guerre et les actions azerbaïdjanaises entravant le processus de paix. Il a estimé qu’actuellement, les relations arméno-azerbaïdjanaises relèvent surtout d’une guerre des narratifs, les discours en Azerbaïdjan mettant en doute le patrimoine culturel arménien ou le présentant comme albanais visant, selon lui, davantage à saboter le processus de paix qu’à préparer une action militaire imminente.

Il a par ailleurs jugé qu’il ne faut pas confondre la paix avec l’instauration de relations fraternelles ou l’oubli du passé, la paix devant plutôt s’entendre comme l’établissement de relations diplomatiques entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan, ainsi qu’entre l’Arménie et la Turquie, sur des bases prévisibles et mutuellement acceptables, sans que personne ne propose d’oublier l’identité ou le patrimoine culturel arménien.

Concernant la situation intérieure, le coordinateur de la fondation Restart a estimé que la diversité des opinions sur le processus de paix est naturelle dans un contexte démocratique et pluraliste, mais que le pouvoir, en tant qu’acteur politique menant les négociations, a l’obligation de mener une communication stratégique avec la société. Il a critiqué le gouvernement, jugé insuffisamment clair sur l’état d’avancement du processus, ce qui pousserait une partie de la population à s’informer via des sources de désinformation, qualifiant en particulier d’irresponsable la déclaration électorale selon laquelle une guerre surviendrait en l’absence de majorité constitutionnelle.

Source : Mer Oughin