**Selon l’orientaliste et spécialiste des conflits Arsen Kharatian, l’Azerbaïdjan conditionne clairement la signature d’un traité de paix à une modification de la Constitution arménienne, ce qui témoigne selon lui d’une volonté de retarder délibérément le processus.** Il estime que le statu quo actuel, sans guerre mais sans paix complète, restera probablement la situation la plus probable à court terme, tout en jugeant que le projet TRIPP de déblocage des communications régionales ne doit pas être surestimé.
Selon l’orientaliste et spécialiste des conflits Arsen Kharatyan, interrogé par A1+, l’Azerbaïdjan a posé une condition explicite à la signature du traité de paix, exigeant des modifications de la Constitution arménienne, ce qui témoigne selon lui d’une volonté délibérée de retarder le processus. Il a rappelé que le discours du Premier ministre Nikol Pachinian à l’Assemblée générale de l’ONU portait principalement sur la paix, la sécurité, les relations avec les États-Unis et le déblocage des communications régionales, sa première partie étant surtout consacrée au projet TRIPP et au rôle du président américain Donald Trump.
Concernant les relations arméno-turques, M. Kharatyan a estimé qu’il n’y avait pas encore de progrès substantiel, malgré les rencontres avec le président Erdogan, certains travaux sur les infrastructures frontalières et des contacts entre représentants de la société civile, le processus restant selon lui dépendant des relations arméno-azerbaïdjanaises. Il a jugé que le scénario le plus probable à court terme reste le maintien du statu quo, sans guerre mais aussi sans paix complète, tout en jugeant possibles certains progrès sur le déblocage des communications. Il a par ailleurs dénoncé la rhétorique de responsables azerbaïdjanais utilisant l’expression « Zanguezour occidental », estimant que la diplomatie arménienne doit y répondre.
Sur le projet TRIPP, l’analyste a considéré que son importance n’est pas exagérée, tout en soulignant qu’il est important tant pour l’Arménie que pour les acteurs internationaux. Il a affirmé que l’Iran n’est pas opposé au projet, à condition qu’il n’implique pas de présence militaire américaine ou occidentale sur le territoire arménien, jugeant donc inexactes les affirmations selon lesquelles Téhéran s’y opposerait globalement. Il a également appelé à suivre l’évolution des relations russo-américaines et leurs répercussions possibles sur le Caucase du Sud, estimant que l’administration américaine devrait rester constante dans la mise en œuvre de TRIPP.
M. Kharatyan a jugé que l’un des enjeux diplomatiques majeurs pour l’Arménie est d’assurer la continuité des infrastructures au-delà du seul tronçon de Meghri, en les reliant aux réseaux ferroviaires et routiers régionaux, tout en déplorant l’absence d’une évaluation publique complète sur les tronçons à construire ou rénover et sur les financements nécessaires. Il n’a pas vu de contradiction entre TRIPP, l’initiative chinoise « Une ceinture, une route » et le projet arménien du « Carrefour de la paix », estimant que les intérêts de différents pays, dont la Géorgie, pourraient converger, tout en rappelant les capacités limitées de l’Arménie pour mener seule de grands projets ferroviaires.
Concernant les relations entre l’Azerbaïdjan et la Russie, l’expert a estimé qu’il ne faut pas exclure le facteur russe, mais considère la politique de Bakou comme fondamentalement autonome, l’Azerbaïdjan disposant selon lui d’une souveraineté suffisante pour ses propres décisions, sans exclure des convergences ponctuelles d’intérêts avec Moscou. Il a rappelé que les tensions russo-azerbaïdjanaises trouvent leur origine dans la destruction d’un avion civil azerbaïdjanais, situation que Bakou a su exploiter politiquement selon lui, tout en jugeant difficile d’évaluer précisément les raisons actuelles du ralentissement du processus de paix.
Sur les relations arméno-russes, M. Kharatyan a indiqué avoir toujours soutenu l’achat du gaz russe à prix de marché afin de clarifier les bases économiques bilatérales. Il a estimé que la question du loyer de la base militaire russe ou d’autres actifs russes ne devrait pas, à ce stade, constituer le thème central des négociations, tout en jugeant que l’ouverture de la frontière arméno-turque pourrait modifier la situation entourant la présence de cette base. Il a enfin qualifié les préférences commerciales de l’Union européenne pour les produits agricoles arméniens d’opportunité importante.
Source : Mer Oughin

