Dans une tribune s’appuyant sur un texte de 1968 de Haroutioun Kurkjian, l’auteur estime que la préservation de l’identité arménienne dans la diaspora s’est parfois transformée en isolement, les communautés reproduisant des formes traditionnelles sans les accompagner d’un véritable développement social et culturel. Selon lui, la question centrale n’est pas seulement de savoir comment préserver l’identité nationale, mais quelle forme d’arménité les communautés souhaitent réellement perpétuer et faire évoluer.
L’article, publié sous le titre « Préservation de l’identité arménienne ou auto-isolement : la contradiction non résolue de la diaspora », s’appuie sur un texte de Haroutioun Kurkjian publié en 1968, intitulé « La seconde équation aux nombreuses inconnues », pour interroger la façon dont la diaspora arménienne conçoit la préservation de son identité nationale.
Selon l’auteur, la préservation de l’identité arménienne (« hayapahpanoutioun ») a longtemps constitué, pour les communautés de la diaspora privées d’État, une nécessité vitale assurée par la langue, l’église, l’école, les organisations culturelles et la mémoire historique. Ces structures ont permis, selon le texte, non seulement la continuité du peuple arménien mais aussi le lien entre générations.
L’auteur estime cependant qu’au fil du temps, cette volonté de préservation identitaire s’est souvent transformée en auto-isolement, limitant les liens des communautés avec le monde contemporain. Il considère que le problème surgit lorsque la préservation de l’identité devient une fin en soi : les traditions et organisations continuent d’exister sans que l’on s’interroge suffisamment sur leur adéquation avec la vie réelle des générations actuelles.
D’après l’auteur, si la préservation identitaire ne s’accompagne pas d’un développement social et culturel, elle peut maintenir les formes extérieures de la vie nationale — organisations, écoles, fêtes — tout en perdant progressivement leur contenu intérieur, sans garantir que le peuple arménien demeure une réalité sociale vivante et créative. Il ajoute que cette approche, présentant l’appartenance nationale comme un ensemble de devoirs, risque d’éloigner particulièrement la jeune génération.
L’auteur souligne également le rôle de la mémoire historique liée au génocide, à la dépossession de la patrie et à la formation des communautés, mémoire qui a uni les Arméniens de différents pays. Il avertit toutefois que cette mémoire peut perdre sa fonction de développement si elle se coupe de la réalité présente, créant une rupture temporelle où le peuple arménien continuerait à vivre dans le souvenir historique sans parvenir à reconnaître sa situation actuelle. Il rappelle enfin, en écho à Kurkjian, que la diaspora n’est pas une communauté uniforme et immuable, mais rassemble des groupes aux expériences et expressions identitaires variées selon les pays et les contextes sociaux et culturels.
Source : Mer Oughin

