**Dans un entretien à RFI, le Premier ministre arménien Nikol Pachinian a affirmé que son pays poursuivra ses réformes pour se rapprocher des standards européens, tout en assurant que l’objectif n’est pas de remplacer une dépendance par une autre mais de renforcer l’indépendance de l’Arménie. Il s’est également dit confiant dans l’irréversibilité du processus de paix avec l’Azerbaïdjan, tout en qualifiant de « naturelles » les tensions politiques internes liées à la lutte anticorruption.**
Dans un entretien accordé à Radio France Internationale, le Premier ministre arménien Nikol Pachinian a affirmé que l’objectif stratégique de l’Arménie est de créer des alternatives sécuritaires et économiques afin de renforcer l’indépendance du pays. Selon lui, l’Arménie et son peuple ont longtemps vécu dans un environnement où ils n’avaient guère de choix, y compris dans leurs relations extérieures, et l’enjeu actuel est de permettre à la population de décider librement de l’avenir du pays, que ce soit le maintien dans l’Union économique eurasiatique, l’adhésion à l’Union européenne, ou aucune de ces options.
Évoquant les relations avec l’UE, M. Pachinian a rappelé l’existence d’un accord de partenariat signé en 2000 et l’approfondissement des liens depuis 2018, ainsi que l’adoption en 2025, à l’initiative citoyenne, d’une loi lançant le processus d’adhésion. Il a précisé que l’adhésion n’est qu’une des options possibles et que la décision finale dépendra aussi de la politique d’élargissement de l’UE. Il a assuré que l’Arménie poursuivra ses réformes pour aligner ses systèmes sur les standards européens, estimant que même si l’UE ne souhaitait finalement pas l’intégrer, le pays sortirait gagnant du processus en disposant d’un système de gouvernance conforme à ces standards.
Interrogé sur les critiques concernant la situation politique intérieure, le Premier ministre a estimé que les tensions politiques et les débats sont naturels dans les pays démocratiques et peuvent même témoigner de la vitalité démocratique. Concernant les poursuites pénales visant des représentants de l’opposition, qualifiées par certains de persécutions politiques, il a affirmé que la lutte contre la corruption ne peut être efficace sans un environnement politique adéquat et des organes judiciaires indépendants, rappelant que le comité anticorruption a été créé en coopération avec des partenaires internationaux et que son dirigeant a été nommé via une procédure de concours.
M. Pachinian a par ailleurs jugé nécessaire de faire la lumière sur l’origine du patrimoine d’anciens hauts responsables et de restituer à l’État et au peuple les biens acquis illégalement, rappelant que l’instauration de la justice figurait parmi les attentes de la révolution de 2018. Il a également affirmé que certains juges liés aux anciennes autorités continuent d’influencer les procédures judiciaires, ce qui justifierait selon lui la position du pouvoir en faveur d’une nouvelle Constitution.
Sur les relations avec la Russie, le chef du gouvernement a expliqué que l’objectif de la politique étrangère arménienne n’est pas de remplacer une dépendance par une autre, mais de renforcer l’indépendance du pays, ce qui suppose selon lui de pouvoir compter sur le plus grand nombre de partenaires possible. Il a illustré ce propos par l’exemple du marché d’importation de produits pétroliers, autrefois très concentré et aujourd’hui ouvert à des dizaines d’entreprises, ce qui aurait permis, selon lui, de mieux absorber les effets des crises internationales. Il a assuré que l’Arménie ne cherche pas à dégrader ou rompre ses relations avec Moscou mais à les faire évoluer, le retour à la situation antérieure n’étant plus possible du fait des changements régionaux, et s’est dit convaincu que l’Arménie ne deviendra pas une « seconde Ukraine ».
Concernant un éventuel référendum ou calendrier d’adhésion à l’UE, M. Pachinian a indiqué que l’Arménie n’a pas encore officiellement déposé de candidature, celle-ci ne devant pas être une fin en soi avant la réalisation des réformes nécessaires. Sur le dossier azerbaïdjanais, il a estimé que la paix est désormais établie dans les faits, citant la déclaration de paix adoptée à Washington le 8 août 2025 et l’accord juridiquement contraignant signé et ratifié en 2024 sur la base de la déclaration d’Almaty pour la délimitation frontalière. Il a souligné que, pour la première fois depuis 1991, plus de deux années se sont écoulées sans morts ni blessés dus à des tirs à la frontière entre les deux pays, y voyant une preuve importante de l’instauration de la paix.
Source : Mer Oughin

