Dans une tribune, l’auteur Vahram Atanesyan évoque la figure de l’écrivain Chahan Chahnour, dont le roman « La Fuite sans fin » décrit selon lui le recul de l’identité arménienne dans la diaspora. Il estime qu’environ un siècle après la parution de cette œuvre, la diaspora, bien que renforcée par de nouvelles vagues d’émigration venues d’Arménie, d’Azerbaïdjan et de Russie, ne s’est pas renforcée pour autant, ce recul ne pouvant selon lui cesser qu’avec l’existence de l’Arménie elle-même.
Dans une tribune publiée sur Arménie Info, l’écrivain Vahram Athanessian revient sur une conférence des bureaux de la Cause arménienne (Hay Dat) tenue le mois dernier à Erevan, où il a de nouveau été question de la nécessité de mettre le potentiel de la diaspora au service des enjeux nationaux communs.
L’auteur consacre son propos à Chahan Chahnour, figure marquante de la diaspora, né à Constantinople et installé à Paris à l’âge de dix-neuf ans, où il a d’abord pratiqué la photographie avant de publier en 1929 le roman « Retraite sans chant ». Selon Athanessian, cet ouvrage, ainsi qu’un second roman intitulé « La trahison des Haralèzes », décrivent le recul de la langue, des mœurs et des repères arméniens en exil, à travers des vers évoquant le « recul » des parents, des enfants, de la langue et de l’amour, l’auteur allant jusqu’à demander pardon au mont Ararat.
Athanessian rappelle que Chahnour a ensuite pris le pseudonyme littéraire Armen Lubin et écrit en français. Il évoque, en citant des données issues de l’intelligence artificielle dont il souligne lui-même le caractère incertain, un succès supposé de son recueil de nouvelles « Tout Trafalgar » auprès du public et des milieux littéraires français. L’auteur estime toutefois que le lecteur français d’aujourd’hui connaît à peine Armen Lubin, peu d’auteurs parvenant, selon lui, à être pleinement reconnus dans un milieu étranger.
Selon Athanessian, la diaspora a pendant des décennies glorifié les combattants de la lutte nationale arménienne et les auteurs ayant célébré les combats contre la Turquie ottomane, comme le soulèvement de Sassoun, l’autodéfense de Van ou la prise de la Banque ottomane, ce qui explique selon lui pourquoi Chahnour n’est pas particulièrement apprécié dans le milieu arménien. Il rappelle que le roman « Retraite sans chant » figurait au programme scolaire de l’Arménie indépendante, certains professeurs de littérature s’interrogeant alors sur la pertinence d’enseigner aux élèves ce récit du recul de l’arménité en diaspora.
Près d’un siècle après la publication de ce roman, Athanessian constate que la diaspora ne s’est pas renforcée pour autant. Il note qu’elle s’est certes élargie avec des dizaines de milliers d’Arméniens émigrés d’Arménie, d’Azerbaïdjan et de Russie, mais que ce recul, selon lui, ne s’est pas arrêté pour autant, car il estime qu’il est impossible d’avoir l’Arménie en terre étrangère, et que sans l’Arménie, tout n’est que recul.
Source : Mer Oughin

