discours du premier ministre pour la commémoration du génocide arménien.-2
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Le Dossier Center a publié une enquête consacrée à l’ingérence présumée de la Russie dans les élections législatives arméniennes prévues en juin 2026. Le média affirme avoir obtenu des documents internes de stratèges politiques russes détaillant des plans visant à affaiblir le Premier ministre arménien Nikol Pachinian et à favoriser l’émergence d’une coalition politique favorable à Moscou après le scrutin.

Selon l’enquête, une rencontre entre le président russe Vladimir Poutine et Nikol Pachinian s’est tenue au Kremlin au début du mois d’avril 2026, quelques semaines avant les élections parlementaires prévues le 7 juin. À ce moment-là, Erevan avait déjà gelé sa participation à l’OTSC et affiché sa volonté de renforcer ses relations avec l’Union européenne et les États-Unis. Malgré les déclarations publiques de Vladimir Poutine affirmant que le Kremlin ne s’ingère pas dans les élections des pays voisins, le Dossier Center estime disposer d’éléments démontrant le contraire.

Le centre d’investigation affirme que Moscou n’a pas choisi de soutenir un seul candidat, mais plusieurs forces politiques susceptibles de défendre les intérêts russes en Arménie. Les documents analysés évoquent une stratégie globale visant à affaiblir la ligne politique de Nikol Pachinian, notamment son rapprochement avec l’Occident, et à préparer la formation d’une coalition pro-russe après les élections.

L’enquête revient notamment sur le rôle présumé de Samvel Karapetian, fondateur du Tashir Group. Le Dossier Center affirme que les accusations de liens étroits entre sa campagne et la Russie n’étaient pas de simples attaques politiques. En 2025, son neveu Narek Karapetian avait pourtant publiquement nié toute implication russe dans les activités politiques de son oncle.

D’après les documents obtenus, des experts proches du Kremlin recommandaient dès 2023 la création ou le soutien à une nouvelle force politique en Arménie afin d’empêcher un rapprochement trop important avec l’Europe. Les auteurs du rapport suggéraient également de s’appuyer sur les oligarques arméniens vivant en Russie, considérés comme capables d’influencer les processus politiques et sociaux arméniens.

Les stratèges russes proposaient aussi de redonner un rôle central à l’Église apostolique arménienne ainsi qu’à la diaspora arménienne de Russie, de France et des États-Unis. Le plan prévoyait la création d’un centre médiatique destiné à coordonner les ressources de l’opposition, contrôler l’agenda politique et organiser des campagnes visant directement Nikol Pachinian et son épouse Anna Hakobian.

Le Dossier Center affirme également que les documents internes insistaient sur la nécessité d’améliorer l’image de la Russie auprès de la population arménienne. Les auteurs recommandaient de modifier la perception de la Russie comme État hostile à travers des projets humanitaires, culturels et éducatifs. L’objectif était notamment d’associer, dans l’opinion publique, la Russie aux années de prospérité de l’Arménie.

Le volet économique du projet prévoyait un renforcement de la dépendance de l’Arménie envers la Russie, notamment grâce aux ressources de la diaspora arménienne favorable à Moscou. Les stratèges russes envisageaient également d’identifier et de réduire les sources de financement du camp de Nikol Pachinian en Russie.

Le rapport évoque aussi une stratégie de contrôle du secteur associatif arménien après la disparition des financements liés à l’USAID. Une nouvelle idéologie devait être développée afin d’unifier le mécontentement populaire autour d’une vision baptisée « la Belle Arménie du futur », présentée comme une alternative au concept de « l’Arménie réelle » défendu par Nikol Pachinian.

Selon les documents analysés, Samvel Karapetian devait être présenté comme un « sauveur » capable d’incarner le renouvellement du pouvoir, sans être associé ni à l’ancienne opposition, ni au « clan du Karabakh », ni au gouvernement actuel.

Le Dossier Center rappelle que Samvel Karapetian dirige le Tashir Group, un important holding basé à Moscou regroupant plus de 200 entreprises et environ 45 000 employés. Son nom est également lié à plusieurs actifs stratégiques en Arménie, notamment la société « Réseaux électriques d’Arménie ».

En juillet 2025, Karapetian avait annoncé la création d’une « force politique fondamentalement nouvelle », dans un contexte de tensions croissantes entre Nikol Pachinian et l’Église apostolique arménienne, que l’homme d’affaires soutenait publiquement. Peu après, il avait été accusé d’appels publics à la prise violente du pouvoir puis arrêté le 18 juin 2025.

D’après l’enquête, un plan détaillé de promotion politique de Karapetian aurait ensuite été remis à l’administration présidentielle russe. Ce document prévoyait notamment le lancement d’une campagne médiatique opposant Pachinian à Karapetian, la création d’un comité d’aide juridique, la mise en place d’un holding médiatique et d’une chaîne de télévision, ainsi que la publication d’un programme baptisé « Prospérité nationale ».

Le Dossier Center affirme qu’en août 2025, plusieurs personnalités liées à Tashir, à l’ancien président Robert Kotcharian et à des réseaux proches du Kremlin se sont rendues à l’administration présidentielle russe afin de coordonner ce projet politique.

L’Institut d’expertise des recherches sociales (EISI) aurait ensuite joué un rôle important dans l’analyse des sondages arméniens, la rédaction de recommandations stratégiques et la préparation de rapports destinés au Kremlin.

Le politologue russe Gleb Kouznetsov serait devenu l’un des principaux architectes du projet anti-Pachinian. Selon le Dossier Center, il considérait néanmoins que la campagne de Karapetian reproduisait les défauts de l’ancienne opposition arménienne : mêmes réseaux, mêmes médias et même rhétorique anti-gouvernementale.

Kouznetsov aurait alors proposé une stratégie différente : faire de Karapetian non pas le symbole direct du pouvoir, mais le soutien d’une « nouvelle espérance » politique pour l’Arménie, à l’image de Bidzina Ivanichvili en Géorgie.

L’enquête souligne toutefois plusieurs obstacles majeurs à une éventuelle candidature de Karapetian. Possédant les nationalités arménienne, russe et chypriote, il ne peut légalement devenir ni député ni Premier ministre arménien. Bien qu’il ait annoncé en avril 2026 vouloir renoncer à ses nationalités étrangères, le Dossier Center estime qu’il est peu probable que cette procédure soit finalisée avant les élections.

Le média affirme également que sa popularité aurait reculé après la visite en Arménie du vice-président américain J. D. Vance, qui avait publiquement soutenu Nikol Pachinian lors d’une conférence de presse.

Face à ces difficultés, les stratèges russes auraient envisagé un autre candidat : Arman Tatoyan, ancien ombudsman arménien âgé de 44 ans. Selon les documents internes, Tatoyan était considéré comme un candidat plus acceptable pour une partie modérée de l’électorat.

Les auteurs du rapport envisageaient également une alliance entre Tatoyan et Karapetian après les élections. Selon leur analyse, Karapetian pouvait représenter la dimension géopolitique et conservatrice du projet, tandis que Tatoyan incarnait une approche plus institutionnelle et modérée. Ensemble, ils auraient pu constituer une majorité anti-Pachinian tout en marginalisant l’ancienne opposition liée à Robert Kotcharian.

Malgré ces efforts, les données de l’Armenian Election Study citées par le Dossier Center montrent que la cote de popularité de Nikol Pachinian atteignait 49 % en mai 2026. Son parti, Contrat civique, conserverait une avance importante sur les autres formations politiques. Le parti « Arménie forte » de Samvel Karapetian resterait cependant la seule force d’opposition capable de franchir le seuil électoral de 4 %.

Selon le Dossier Center, les stratégies informationnelles élaborées par les consultants russes n’ont toujours pas été pleinement mises en œuvre et n’ont, jusqu’à présent, permis à aucun des candidats soutenus de prendre l’avantage dans la campagne électorale.

Source: 1Lurer.am