Invité d’une émission sur AYP FM, Mourad Papazian a estimé que l’Arménie avait évolué d’une « révolution de velours » vers une « dictature de velours ». Des propos qui ont provoqué de vifs débats dans les milieux arméniens de France et auxquels répond notamment l’article de MerOughin.am traduit ci-dessous.
Traduit et adapté de Mer-Oughin.am
Quand l’autoritarisme interne de la FRA-Dachnaktsoutioun se pose en défenseur de la démocratie
L’homme politique franco-arménien Mourad Papazian affirme que l’Arménie se dirige vers une dictature et que la révolution de Velours de 2018 se serait transformée en une « dictature de velours ». Pourtant, de telles affirmations soulèvent avant tout une question qui ne concerne pas l’Arménie, mais bien le parcours politique de leur auteur.
Une personne représentant une organisation au sein de laquelle, pendant des décennies, la dissidence a été étouffée, les voix critiques marginalisées, les membres récalcitrants exclus et de nombreux militants écartés pour avoir exprimé une opinion différente, peut-elle réellement se prévaloir d’une autorité morale pour donner des leçons de démocratie ?
L’histoire récente de la FRA-Dachnaktsoutioun regorge d’exemples en ce sens. Dans plusieurs pays, des rédacteurs, intellectuels, militants de longue date, jeunes cadres et simples membres ont été exclus ou poussés vers la sortie pour avoir osé remettre en question les décisions de la direction. Beaucoup avaient consacré des décennies de leur vie au parti avant d’être soudainement considérés comme indésirables pour avoir exprimé une critique ou simplement refusé d’adhérer à la ligne officielle.
C’est là l’une des manifestations les plus évidentes d’un fonctionnement autoritaire : non pas lorsqu’une opposition peut agir librement, mais lorsqu’au sein même d’une organisation, toute opinion divergente est perçue comme une faute.
Le plus regrettable est que cette politique n’a pas seulement écarté des individus ; elle a également entravé le développement naturel de l’organisation. Des jeunes prometteurs, des rédacteurs expérimentés, des militants de conviction et toute une génération susceptible d’assurer le renouvellement du mouvement ont été progressivement éloignés. À leur place s’est imposé un système où la qualité première n’est plus la compétence ni la force des idées, mais l’obéissance sans réserve à la direction.
Aujourd’hui, ce sont précisément les représentants de ce système qui prétendent donner des leçons de démocratie à l’Arménie.
Mourad Papazian vit et exerce son activité politique en France, bénéficiant pleinement des libertés offertes par les démocraties européennes. Pourtant, il a également entretenu des relations politiques avec des forces et des dirigeants dont le bilan démocratique demeure, au minimum, sujet à controverse. Cette contradiction est difficile à ignorer. Tout en vivant dans une société libre, il critique l’Arménie, mais reste silencieux sur les mécanismes internes qui ont façonné son propre environnement politique.
Son parcours soulève également plusieurs interrogations. Au cours de sa carrière, il a coopéré avec des représentants des anciennes autorités arméniennes, notamment sous les présidences de Robert Kotcharian et de Serge Sarkissian, des gouvernements accusés d’avoir profondément inscrit l’Arménie dans la sphère d’influence russe et affaibli l’économie nationale. Il a également entretenu des liens avec certains responsables de l’Église apostolique arménienne considérés comme proches de Moscou et a, à différentes périodes, défendu des positions politiques perçues comme convergentes avec les intérêts du Kremlin dans la région.
Au sein de la communauté arménienne du Liban, son action a également fait l’objet de critiques récurrentes, notamment en raison de coopérations avec diverses forces politiques, y compris le Hezbollah, considéré comme une organisation terroriste par plusieurs pays, ainsi que pour avoir contribué à accentuer certaines lignes de fracture au sein de la communauté. Ces éléments apparaissent difficilement compatibles avec les valeurs démocratiques dont il se réclame aujourd’hui publiquement.
L’Arménie peut être critiquée, et elle doit l’être lorsque cela est nécessaire. C’est précisément ce qui caractérise une démocratie. Mais qualifier l’Arménie de dictature relève moins de l’analyse politique que du slogan militant.
Si l’Arménie était une dictature, l’opposition ne pourrait pas organiser des manifestations pendant des mois, voire des années. Les médias d’opposition ne pourraient pas fonctionner librement. Les critiques les plus virulentes contre le gouvernement ne seraient pas exprimées quotidiennement à la télévision, dans la presse ou sur les réseaux sociaux. Plus important encore, des élections concurrentielles ne pourraient pas être organisées, alors même que leurs résultats ont été, dans l’ensemble, jugés conformes aux standards démocratiques par les observateurs internationaux.
La démocratie n’est pas un système parfait. Elle comporte de nombreuses faiblesses, et l’Arménie ne fait pas exception. Mais l’existence de la démocratie ne se mesure pas au degré de satisfaction vis-à-vis du pouvoir ; elle se mesure à la possibilité de critiquer ce pouvoir, de le battre dans les urnes et de le remplacer.
Or, ces possibilités existent bel et bien en Arménie.
Dès lors, lorsqu’un représentant d’un système partisan fermé, peu tolérant à la contradiction et historiquement hostile au pluralisme interne, vient parler de liberté et de démocratie, la contradiction apparaît évidente.
Avant de qualifier l’Arménie de « dictature de velours », il conviendrait donc de répondre à une question simple : qui incarnait réellement une logique autoritaire ? L’État dans lequel l’opposition agit librement, où des élections sont organisées et où le pouvoir fait l’objet d’une critique permanente ? Ou bien le système partisan dans lequel, pendant des décennies, la critique a été sanctionnée, la dissidence étouffée et des militants dévoués exclus pour avoir simplement osé exprimer leur propre opinion ?
Source : MerOughin.am
Article original : https://sl1nk.com/ggrkqlx
Crédit photo : MerOughin.am
Traduction et adaptation : Arménie Info

