ChatGPT Image 26 juil. 2026, 21_16_39
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Entre l’argent que l’on gagne et celui qui nous gagne

Par Marie Taffoureau

Dans une famille, l’argent ne reste jamais un chiffre. Il devient le toit que l’on espère acheter, les études à payer, le médicament que l’on ne peut remettre au mois suivant. Le crédit promet d’avancer le temps : recevoir aujourd’hui ce que le revenu de demain devra rembourser. Lorsque les prix montent plus vite que le panier ne se remplit, l’avenir finit parfois hypothéqué avant d’avoir commencé.

En 2025, l’endettement des ménages arméniens atteignait environ 33 % du produit intérieur brut, contre 30,6 % un an plus tôt, tandis que le crédit à la consommation progressait vivement. L’allongement des remboursements contient provisoirement la mensualité : la dette pèse moins chaque mois parce qu’elle accompagne plus longtemps la vie.

Acheter une maison, vendre plusieurs lendemains

Entre 2017 et 2024, l’encours des prêts hypothécaires a été multiplié par plus de six et les prix immobiliers à Erevan ont augmenté d’environ 60 %. La Banque centrale a limité la part du bien finançable, plus strictement encore pour les crédits en devises, afin qu’une variation de change ne transforme pas le logement en piège.

Un prêt peut ouvrir une porte que l’épargne laisserait fermée. Il peut aussi faire d’un licenciement ou d’une maladie une crise patrimoniale. En 2025, 45 % des personnes interrogées préféraient emprunter uniquement auprès de sources formelles, mais 21,8 % dépendaient encore exclusivement de prêts informels. Entre proches, la dette prélève parfois moins d’intérêts que d’autorité, de honte ou de silence.

L’impôt, ce prix du commun

Le consentement fiscal apparaît lorsque chacun comprend ce qu’il paie, voit ce que les autres acquittent et reconnaît dans l’école, l’hôpital ou la route la contrepartie du prélèvement. La confiance se fissure dès que le salarié déclaré croit financer ceux qui disposent des meilleurs moyens d’échapper à l’impôt.

La déclaration universelle des revenus entre en 2026 dans la vie réelle. Environ 182 000 déclarations avaient été déposées en 2025 ; les revenus de 2025 devront être déclarés avant le 1er novembre 2026, puis ceux de 2026 avant le 1er juillet 2027. En février, l’administration annonçait avoir identifié 124,1 milliards de drams d’impôts dissimulés et en avoir reversé 37 milliards au budget.

La numérisation détecte mieux l’ombre. Elle ne doit pas écraser sous les mêmes démarches l’indépendant et le groupe doté de fiscalistes. Une petite entreprise doit comprendre son régime sans payer un interprète à chaque facture. Une grande doit documenter ses transactions, ses bénéficiaires réels et ses liens avec la commande publique. L’équité exige que le contrôle regarde d’abord là où les montants et les pouvoirs sont les plus grands.

L’oligarque ne possède pas seulement des biens

Jean-Robert Raviot définit l’oligarque postsoviétique comme un grand entrepreneur capitaliste, extérieur aux plus hauts rangs de l’ancienne nomenklatura, qui affiche des ambitions politiques. Cette approche dépasse la caricature du milliardaire voyant grand : l’oligarchie naît lorsque la richesse sécurise ses acquis par l’influence, l’accès au décideur et la maîtrise des règles.

Cette grille éclaire l’Arménie sans lui appliquer mécaniquement le modèle russe. La révolution de 2018 a affaibli une élite économique étroitement imbriquée dans le pouvoir, mais l’oligarchie peut survivre à ses anciens noms. Elle réapparaît lorsqu’un importateur commande l’accès à un produit, lorsqu’une entreprise obtient le marché avant que les concurrents aient réellement pu concourir, ou lorsque la liberté existe dans la loi et disparaît dans les rayons.

La Commission arménienne est désormais l’autorité centrale de protection de la concurrence et des consommateurs. Elle peut enquêter sur les positions dominantes, les concentrations et les pratiques déloyales, effectuer des achats-tests et ouvrir une procédure à partir d’informations publiées par les médias. En juin 2026, le Parlement examinait son bilan 2025, marqué par près de 1,94 milliard de drams d’amendes. L’indépendance du droit se mesure au jour où ses outils touchent les acteurs les mieux reliés.

Le panier monte avant le salaire

En juin 2026, l’inflation annuelle atteignait 5,1 %. Les prix des aliments et boissons non alcoolisées augmentaient de 8,6 %, fournissant l’essentiel de l’accélération. Une moyenne nationale ne mange pas : les ménages modestes consacrent davantage de leurs revenus à la nourriture, à l’énergie, aux transports et aux médicaments. Le même pourcentage devient une peine différente selon le portefeuille.

Depuis le 1er juillet 2026, le consommateur arménien peut, pour de nombreux contrats conclus à distance ou hors établissement, se rétracter sous quatorze jours. Le vendeur doit annoncer clairement son identité, le prix et l’obligation de paiement. Les clauses lui permettant de modifier seul le service, d’empêcher la résiliation ou de priver l’acheteur d’un recours sont sans effet.

Ces droits doivent atteindre les marchés essentiels. Le prix unitaire doit être visible, les garanties applicables et les plaintes simples à déposer. Dans les médicaments, les télécommunications et l’énergie, choisir reste théorique lorsque les offres sont opaques, les acteurs peu nombreux ou le service indispensable.

Rendre les comptes avant de les demander

L’Arménie devrait créer une médiation rapide du surendettement, protéger un minimum vital contre les saisies, publier les concentrations par secteur et rendre la commande publique lisible jusqu’au bénéficiaire réel. Chaque réforme fiscale devrait être expliquée dans une langue que le contribuable puisse employer sans intermédiaire.

Une économie libre ne se reconnaît pas au nombre de crédits distribués, mais à la possibilité de vivre sans vendre tous ses lendemains. Un État juste se mesure à ce qu’il prélève et à ce qu’il rend visible. Lorsque quelques-uns possèdent le marché, les autres paient sans choisir. Lorsque chacun peut demander des comptes, l’impôt redevient une contribution, le crédit un outil et le prix autre chose qu’un verdict.