Patrimoine UNESCO 2005
Parmi les instruments qui incarnent la musique arménienne, le duduk occupe une place singulière. Il s’agit d’un hautbois à anche double, à perce cylindrique, ce qui le distingue du zurna, autre hautbois traditionnel mais de perce conique. Essentiellement joué dans le Caucase, il est devenu l’un des symboles sonores de l’Arménie, au point que l’historien Moïse de Khorène en fait mention dans l’un de ses ouvrages. En 2005, l’UNESCO a proclamé « Le Duduk et sa musique » patrimoine culturel immatériel de l’humanité, consacrant officiellement son importance culturelle.
Le nom même de l’instrument raconte une histoire. En Arménie, il était traditionnellement appelé dziranapogh, littéralement « cor d’abricot » ou « bois d’abricot », en référence au matériau qui le compose. C’est sous l’ère soviétique, dans les années 1920, que ce terme fut abandonné au profit de duduk, emprunté au turc düdük, lui-même issu du proto-slave dudka. Ce mot, d’origine probablement onomatopéique, imite le son produit par la langue du musicien lors du jeu. On retrouve des instruments apparentés sous d’autres noms dans les pays voisins : doudouki en Géorgie, balaban en Iran et en Azerbaïdjan, balaman dans le Turkestan chinois.
Sa facture repose sur un bloc de bois tourné et percé cylindriquement, le plus souvent en bois d’abricotier. Le corps comporte généralement dix trous, huit sur la face supérieure et deux sur la face inférieure, dont un trou d’accord qui peut être bouché contre le corps du musicien pour produire une note grave. L’anche double, appelée ghamish, est taillée dans une seule pièce de roseau aplatie et fendue, maintenue par une bague de régulation qui stabilise le son. Il existe aussi des versions alto et basse, ainsi que des instruments modernes pourvus de clés pour élargir le registre.
Tenue entre les lèvres, l’anche produit une sonorité douce et grave, capable de devenir nasillarde et métallique selon l’intensité du souffle. Aucun autre hautbois traditionnel de cette taille n’atteint une tessiture aussi basse. En Arménie, des interprètes comme Djivan Gasparyan, Vatche Hovsepian, Vahan Harutyunyan ou Levon Madoyan ont porté l’instrument à un haut niveau de reconnaissance. E

