mer-oughin-34282-2
5 min de lecture

Selon le journal Mer Khosk, une partie de la Fédération révolutionnaire arménienne (FRA) semble avoir oublié l’avertissement lancé en juillet 1920 par le Premier ministre Hamo Ohandjanian, qui estimait que la Russie serait un « État ouvertement hostile » à l’Arménie si elle négociait avec la Turquie au détriment de son indépendance. La publication affirme que la stratégie impériale russe, si elle a changé d’outils, poursuit toujours le même objectif : maintenir l’Arménie sous influence plutôt que pleinement souveraine, notamment via l’instabilité intérieure et une possible « cinquième colonne ».

Le média « Mer Khosk » revient sur une déclaration d’Hovhannès (Hamo) Ohandjanian, Premier ministre du gouvernement du Bureau de la Première République d’Arménie, prononcée en juillet 1920 devant le conseil représentatif du parti FRA (Fédération révolutionnaire arménienne, Dachnaktsoutioun) à Erevan. Selon cette déclaration, si la Russie ne se tient pas aux côtés de l’indépendance de l’Arménie et est prête à s’entendre avec la Turquie au prix de l’existence même de l’Arménie, alors la Russie doit être considérée comme un État ouvertement hostile à l’Arménie.

L’auteur de l’article estime que cette phrase, prononcée il y a plus d’un siècle, résonne aujourd’hui de façon douloureusement actuelle. Selon lui, si le nom de l’empire, la forme du pouvoir, les outils politiques et la tactique ont changé depuis, l’objectif de fond de la stratégie impérialiste russe serait resté, selon lui, essentiellement le même : faire de l’Arménie non pas un État pleinement souverain, mais un instrument de l’influence politique russe et des calculs régionaux de Moscou.

L’auteur affirme que les manifestations de cette stratégie ont varié selon les époques : pressions autour des biens et engagements de l’État arménien, présence militaire russe, gardes-frontières, base militaire, maintien d’une influence sur la sécurité de l’Arménie et sur la question du Syunik via les accords du 9 novembre 2020. Il évoque aussi, selon lui, de nombreux éléments et informations publiques concernant une influence de Moscou sur les décisions politiques et de personnel au sein des systèmes étatiques arméniens les plus importants au fil des années.

L’auteur avance que l’instabilité intérieure de l’Arménie pourrait elle aussi être considérée comme une composante de cette stratégie, citant les événements tragiques du 27 octobre et du 1er mars, entourés selon lui de nombreuses questions et suspicions non résolues, y compris sur une possible connaissance ou implication extérieure — précisant toutefois que ces éléments ne peuvent être présentés comme des faits établis sans preuves et conclusions juridiques correspondantes. Il estime que l’un des objectifs de la politique d’influence russe pourrait être aujourd’hui le maintien des contradictions internes en Arménie, la limitation des décisions souveraines et une influence exercée via une « cinquième colonne », y compris pour manipuler les relations avec la Turquie et l’Azerbaïdjan et entraver les processus de paix.

L’article rappelle ensuite des extraits du compte rendu d’Hamo Ohandjanian lors de cette séance de juillet 1920 : la question du ravitaillement en pain était alors présentée comme le problème le plus fondamental pour l’Arménie, l’aide américaine devant initialement cesser le 1er août mais prolongée de quinze jours selon les explications du colonel Haskell. Selon les chiffres cités, environ 1 million de pouds de céréales avaient été semés, la récolte attendue étant de 8 à 10 millions de pouds, alors que les besoins annuels du pays étaient estimés à 13-15 millions de pouds, nécessitant l’importation de 3 à 5 millions de pouds supplémentaires. Ohandjanian jugeait la situation financière du pays préoccupante, en raison de la faible valeur des billets arméniens et du manque de matières exportables, et notait l’absence quasi totale d’industrie privée depuis les troubles bolcheviques de mai.

Sur le plan militaire, Ohandjanian décrivait une situation plus organisée et stable, évoquant la prise de la région de Zangibassar, la dispersion des insurgés, puis des opérations réussies vers Boyuk Vedi et la prise des positions de Gayli Droungk. Il signalait une situation inquiète dans la province de Kazakh en raison d’attaques répétées d’aventuriers bolcheviques, et une situation difficile mais non désespérée au Karabakh et au Zanguezour. Concernant les négociations avec la Russie soviétique, il estimait qu’elles avançaient très lentement, le pouvoir central manquant selon lui de détermination envers l’Arménie et changeant facilement d’avis sous l’influence de rapports reçus de jeunes dirigeants soviétiques d’Azerbaïdjan ; il jugeait par ailleurs sans valeur la nomination par Moscou d’un représentant, un certain Legrand, accompagné de deux conseillers arméniens, estimant que la politique du gouvernement soviétique envers l’Arménie n’avait jamais été clairement établie.

Source : Mer Oughin