**Selon l’analyste politique Robert Ghevondyan, membre du Conseil arménien, la principale exigence stratégique de l’Arménie pour les années à venir est de reprendre le contrôle de ses chemins de fer, actuellement sous concession russe. Il a également estimé que l’exigence azerbaïdjanaise de modifier la Constitution arménienne relève de la manœuvre politique, tandis que l’Iran, contrairement à la Russie, chercherait à s’impliquer dans de nouveaux projets d’infrastructures régionales.**
L’analyste politique Robert Ghevondyan, expert au Conseil arménien, s’est exprimé sur les défis géopolitiques de l’Arménie lors d’un entretien avec la Radio publique, abordant notamment les questions de modification constitutionnelle, de communications de transport et de rivalités d’influence régionale.
Selon lui, la revendication de l’Azerbaïdjan exigeant une modification de la Constitution arménienne relève de la manipulation politique plutôt que d’une véritable condition préalable, le pouvoir en place à Erevan ne disposant ni de la majorité constitutionnelle nécessaire ni du soutien interne requis pour un tel changement. Il a rappelé qu’une décision de la Cour constitutionnelle a déjà apporté une solution juridique sur laquelle Bakou pourrait s’appuyer, s’il le souhaite, pour signer un traité de paix. Selon l’expert, la conclusion de cet accord dépendra surtout des calculs politiques de l’Azerbaïdjan, notamment si la pression internationale sur Bakou augmente ou si Bakou juge un tel traité utile à ses propres intérêts.
Concernant l’initiative « Carrefour de la paix » (TRIPP), M. Ghevondyan a estimé qu’elle ne constitue pas en soi une garantie de paix mais réduit certains risques militaires, sans pour autant écarter toutes les menaces sécuritaires. Il a jugé que le traité de paix et les projets de transport ne devraient pas être considérés comme des éléments indissociables d’un même processus. Il a par ailleurs souligné que le principal enjeu stratégique de l’Arménie pour les prochaines années est de sortir les chemins de fer du système de concession russe, faute de quoi les autres initiatives – TRIPP, les négociations arméno-azerbaïdjanaises ou l’ouverture de la frontière avec la Turquie – n’apporteraient pas de résultats significatifs. Selon lui, la Russie cherchera par tous les moyens, juridiques comme politiques, à empêcher ce processus, son objectif principal n’étant pas d’enclaver l’Arménie mais d’empêcher la formation de routes internationales alternatives traversant le Caucase du Sud, surtout lorsque les États-Unis et l’Union européenne y jouent un rôle actif.
Évoquant la politique de l’Iran, l’expert a relevé que Téhéran, contrairement à Moscou, cherche à développer des intérêts économiques dans le nouveau contexte régional et s’intéresse aux infrastructures régionales, discutant aussi bien de nouvelles livraisons de gaz que de possibilités de transit, y compris l’extension de liaisons ferroviaires. Selon lui, alors que la Russie tente de reconquérir son influence perdue dans le Caucase du Sud, l’Iran cherche à s’impliquer dans de nouveaux projets économiques, ce qui expliquerait pourquoi Moscou freine le développement des communications régionales tandis que Téhéran cherche de nouveaux formats de coopération. M. Ghevondyan a également estimé que les restrictions économiques imposées par la Russie ne produisent pas les effets escomptés par le Kremlin, les producteurs arméniens ayant dû trouver de nouveaux marchés, notamment aux Émirats arabes unis, en Arabie saoudite et à Singapour, des débouchés qu’il juge susceptibles de devenir à long terme plus avantageux que l’ancienne orientation vers la Russie.
Sur la sécurité énergétique, l’expert a indiqué que l’Arménie pourrait théoriquement recevoir du gaz iranien, ainsi que, sous certaines conditions, du gaz azerbaïdjanais via une médiation européenne, ce qui nécessiterait toutefois de revoir le régime de propriété et de gestion des infrastructures gazières afin d’assurer, à long terme, l’autonomie énergétique du pays. Il a précisé que si Gazprom Armenia venait à ne pas respecter ses obligations contractuelles, l’Arménie disposerait de bases juridiques pour reprendre le contrôle de son système gazier. Il a par ailleurs jugé très faible, à l’heure actuelle, la probabilité d’une action militaire directe de la Russie contre l’Arménie, compte tenu des capacités russes et de la situation régionale, tout en estimant que le pays doit rester préparé à différents scénarios, allant des tentatives de déstabilisation interne aux pressions extérieures.
Source : Mer Oughin

