Selon Levon Barseghyan, coordinateur du club des journalistes « Asparez » de Gyumri, la diffusion publique de vidéos d’arrestation, comme celle d’Argam Abrahamyan, viole la présomption d’innocence et le respect des droits humains. Il a également dénoncé une « justice sélective » en Arménie, citant le cas de Robert Kotcharian, et critiqué l’élection d’un opposant à la vice-présidence du Parlement avec le soutien du parti au pouvoir, tout en appelant les autorités arméniennes à mieux défendre la souveraineté du pays face aux pressions russes.
Dans un entretien accordé à 1inTV, Levon Barseghyan, coordinateur des programmes du club des journalistes « Asparez » de Gyumri, s’est penché sur l’arrestation d’Argam Abrahamyan, fils d’un ancien haut responsable. Selon lui, le problème ne réside pas dans la technique d’interpellation employée par les forces de l’ordre, mais dans la médiatisation de ces opérations. Il a rappelé que les autorités sont tenues de filmer les arrestations afin de disposer de preuves en cas de plainte, mais que la diffusion publique de ces images, en particulier lorsqu’elles ont un caractère humiliant, est inacceptable. Il a souligné que la culpabilité d’Abrahamyan doit encore être établie par un jugement définitif, la présomption d’innocence s’appliquant jusque-là, et que l’État est tenu de respecter les droits fondamentaux quelle que soit l’identité du prévenu.
Levon Barseghyan a jugé particulièrement condamnable la divulgation de données personnelles et familiales concernant le mis en cause. Il a estimé que, même si la justice confirme ou infirme ultérieurement l’accusation de commande d’assassinat, on ne voit pas ce que l’affaire gagne à la divulgation d’éléments touchant la famille ou la vie privée de l’accusé. Selon lui, cette pratique doit cesser, et il appartient d’abord au Premier ministre de se positionner publiquement à ce sujet. Il a par ailleurs estimé que certaines unités des forces de l’ordre semblent, à travers ces publications, vouloir servir la logique de déclarations sévères tenues auparavant par Nikol Pachinian.
Selon Levon Barseghyan, l’Arménie connaît de nombreux exemples de justice sélective, la société ne pouvant discerner si les mêmes critères s’appliquent à tous les suspects indépendamment de leur appartenance politique. Il a notamment évoqué le cas de Robert Kotcharian, accusé d’avoir présenté une fausse attestation lors de sa candidature à la présidentielle, estimant que le système judiciaire aurait pu à tout le moins ouvrir une procédure pénale. Il a jugé que lorsque, dans un cas, une personne reste intouchable et que, dans un autre, le même système procède rapidement à une arrestation et une détention, la justice devient sélective.
Concernant l’élection d’Aram Vardevanyan, opposant, au poste de vice-président du Parlement, Levon Barseghyan a relevé que la décision du parti au pouvoir « Contrat civil » de fournir les voix nécessaires soulève de nombreuses questions. Il a pointé une contradiction politique majeure : d’un côté, le pouvoir affirme que certaines forces politiques ont accédé au Parlement grâce à la corruption électorale, de l’autre, il se montre prêt à coopérer avec elles et à élire leurs représentants à de hauts postes. Selon lui, si le pouvoir estime que des élus siègent grâce à des pots-de-vin électoraux, il doit expliquer pourquoi il soutient leurs représentants pour intégrer la direction de l’Assemblée nationale.
Levon Barseghyan ne prend pas au sérieux les prédictions d’un fonctionnement écourté du Parlement, rappelant que les événements douloureux des dernières années — incursions azerbaïdjanaises, dépeuplement du Haut-Karabakh, tensions internes et divers mouvements d’opposition — n’ont pas entraîné de changement de pouvoir, le peuple ayant reconduit son mandat au « Contrat civil » lors des élections de 2021. Il estime qu’en l’absence de nouveaux chocs extérieurs ou intérieurs graves, le pouvoir actuel pourrait se maintenir, tout en citant comme facteurs possibles les pressions économiques russes, l’évolution des prix du gaz ou des restrictions à l’exportation ; il n’a pas exclu la possibilité d’élections anticipées si de tels facteurs survenaient. Selon lui, si l’opposition veut changer ses positions au Parlement, elle doit lutter contre les ressources financières illégales des forces politiques, de leurs médias et entreprises affiliés.
Sur les relations avec la Russie, Levon Barseghyan a estimé que le Kremlin a cherché ces dernières années à peser sur les processus politiques internes de l’Arménie par des critiques et des pressions économiques, jugeant que Moscou ne comprend pas suffisamment les états d’esprit publics apparus en Arménie et dans d’autres anciens pays soviétiques. Il a cité en exemple l’invasion russe de l’Ukraine en 2022, dont les prévisions d’une victoire rapide et d’un soutien de la population ne se sont pas réalisées. Il a affirmé que la Russie ne peut décider de ce qui doit se passer sur le territoire arménien, l’Arménie étant un État souverain devant décider seul, sur la base des accords internationaux et de ses propres lois, de la manière de traiter avec les ressortissants de pays tiers. Selon lui, les autorités arméniennes doivent défendre plus clairement la souveraineté du pays et répondre aux déclarations des responsables russes, les décisions de l’Arménie devant reposer sur ses propres lois et intérêts nationaux.
Source : Mer Oughin

