Dans le quatrième volet de sa tribune, Vahram Atanessian analyse la perception de la diaspora arménienne durant la période soviétique, notamment à travers les ouvrages de Vardgues Petrossian et Silva Kapoutikian. Selon l’auteur, si chaque membre de la diaspora se définit avant tout par sa région d’origine (Sassoun, Mouch, Van, Cilicie, Karin), il reste porteur d’une « patrie perdue » qu’il appelle Arménie occidentale, une patrie historique restée incomplète, dans une situation qu’il juge différente de celle du peuple juif après la Shoah.
Dans la quatrième partie de sa tribune consacrée à la trajectoire politique du Génocide arménien, Vahram Athanessian revient sur la perception qu’avait l’Arménie soviétique de la diaspora. Selon lui, cette vision était essentiellement « littéraire et artistique », façonnée notamment par l’influence des ouvrages « Esquisses arméniennes » de Vardguès Petrossian et « Les caravanes marchent encore » de Silva Kapoutikian.
L’auteur estime que ces récits, écrits selon le schéma de propagande selon lequel « l’Arménie soviétique est la patrie de tous les Arméniens », ne pouvaient offrir une image impartiale de la diaspora. Il relève toutefois que, présentés souvent comme de simples « histoires de destin personnel », ces témoignages montrent que, dans les années 1960-1970, la diaspora n’était déjà plus « ce qu’elle était », connaissant ce que Chahnour avait justement qualifié de « repli sans chant ».
Vahram Athanessian cite en exemple un dialogue rapporté dans « Esquisses arméniennes » entre l’auteur et un jeune Arméno-Américain présenté comme pilote militaire. Interrogé sur son attitude en cas de guerre entre l’Union soviétique et les États-Unis, si l’ordre lui était donné de bombarder Erevan, ce jeune homme aurait répondu qu’il exécuterait l’ordre « sans hésiter ».
Selon l’auteur, ce récit, bien que politisé, ne fait qu’accentuer l’acuité de la question de savoir qui est l’Arménien de la diaspora : citoyen des États-Unis, de France, d’Iran, du Liban, du Canada, de Russie, ou porteur éternel du « gène arménien ». Il s’interroge également sur les obligations que celui-ci aurait envers le pays et le peuple ayant accueilli lui-même, ses parents ou ses grands-parents, et sur celles qu’il aurait envers l’Arménie.
Vahram Athanessian met en garde contre la tentation de comparer le sort des Arméniens à celui des Juifs. Il souligne que si l’Holocauste s’est déroulé en Europe et que les Juifs y ont subi des souffrances inouïes, ils n’avaient pas de patrie en Allemagne ou dans d’autres pays européens, et ne l’ont donc pas perdue : leur patrie, selon lui, est la Terre promise, vers laquelle ils sont retournés et continuent de retourner.
L’auteur conclut que la diaspora arménienne, elle, a une patrie perdue, que l’on appelle l’Arménie occidentale, chaque membre de la diaspora s’identifiant comme originaire de Sassoun, Mouch, Van, Cilicie ou Karin. Il souligne que sa patrie historique reste, de ce fait, incomplète.
Source : Mer Oughin

